01 Principes

Avez-vous un but ?

03 Les connaissances et les sens
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À L’ÉTUDIANT :

Nous faisons appel à votre sincérité.

Cette leçon est décisive : elle peut, elle doit transformer votre vie.

Embrassez du regard toute votre existence et posez-vous cette question :

Quel est mon but dans la vie ?

Votre réponse est-elle prête ?

Avez-vous seulement une réponse à faire ?

Avez-vous vraiment un but ?

Non ? Alors, vous allez à la dérive. Vous êtes le jouet des circonstances.

Vous ne serez jamais pleinement vous-même. Votre développement spirituel et moral est impossible, ou livré au hasard.

Nous ne prétendons pas que vous êtes un « raté ».

Mais, si vous ne vous proposez pas un but déterminé, vous resterez très inférieur à ce que vous pourriez devenir.

Étudiez cette leçon allègrement, même si elle vous montre en quoi vous avez échoué.

Il n’est jamais trop tard pour prendre la direction de sa vie.

Vous êtes à l’aurore d’un jour meilleur : éveillez-vous !

LEÇON II

I. La nécessité d’un but

1. Si vous voulez vraiment devenir tout ce que vous pouvez être, il vous faut un but dans la vie : non pas un but général mais un but particulier, non pas le simple et vague désir de réussir dans toutes vos entreprises, mais la ferme résolution, de réaliser un projet bien défini. sans un plan de vie soigneusement arrêté, votre puissance mentale ne se développera pas.

Avez-vous un but défini ?

2. Comment prenez-vous la vie ?

Êtes-vous de ceux qui se laissent ballotter dans l’existence comme une épave sur les vagues ? ou bien vous maintenez-vous seulement à l’endroit où les circonstances vous ont placé ? ou enfin ne résistez-vous aux événements qu’au hasard et par à-coups ?

Si vous allez à la dérive, si vous vous en tenez à votre tâche quotidienne sans plus, si vous ne prenez une initiative que forcé, vous ne pouvez pas répondre : « j’ai un but. »

Avoir un but, c’est être poussé par une idée précise et par un sentiment puissant à devenir un peintre de valeur ou un grand commerçant, un romancier illustre ou un politicien célèbre, un habile médecin ou un industriel prospère, un ingénieur-conseil ou un « as » en mécanique, un excellent chef d’entreprise ou un employé supérieur •

Bref, c’est arriver aux premiers rangs dans la voie choisie.

Le but que vous vous proposez peut être plus ou moins élevé, mais quel qu’il soit, il a sa valeur parce qu’il vous oblige à progresser.

Vous avez besoin d’abord d’une idée directrice claire et précise. Sachez qu’elle ne se trouve que rarement du premier coup. la conception d’un but est, en effet, une opération intellectuelle complexe : elle exige une réflexion soutenue et un jugement droit.

À elle seule, cependant, l’idée du but ne vous suffira pas, il faut qu’elle soit imprégnée d’une émotion forte, d’une passion, qu’elle vienne plus du cœur que de l’esprit. Sentez qu’un intense désir de se développer, d’atteindre, de dominer, de conquérir, d’achever est la base de tout plan de vie et accroît fortement les chances du succès. nous l’avons dit dans la leçon 1 : le sentiment est toujours la force motrice qui stimule l’intelligence et pousse la volonté à l’action.

Mais prenez garde : il y a désir et désir. Un désir quelconque, vague et faible, ne vous portera pas au but. désirer écrire un livre est facile ; 1’écrire exige une activité méthodique et une connaissance exacte des faits et des idées qu’on veut exprimer.

Avoir un but, c’est donc concentrer toutes ses énergies vers le résultat précis qu’on veut atteindre, comme une lentille concentre les rayons lumineux et caloriques sur un seul point qu’on nomme foyer.

Votre but est le foyer de vos énergies.

Le but et l’intérêt.

3. Le sentiment, cette force motrice de votre activité, détermine l’intérêt que vous portez aux diverses manifestations de la vie. nous prenons ici ce mot, non pas au sens courant et restreint d’intérêt matériel, mais dans son sens large. croyez bien que pour réussir il vous faut un intérêt pour certaines choses dont l’ensemble constitue votre but.

Pourquoi restez-vous des heures à regarder un match de football ? parce que le jeu vous intéresse et que vous désirez voir gagner votre équipe préférée. Pourquoi vous réservez-vous quelques heures de loisir afin de faire du sport, d’apprendre les langues étrangères ou de secourir votre prochain ? Parce que vous vous y intéressez.

Chaque homme a ses propres intérêts — artistiques, moraux, pécuniaires — qui déterminent ses actions. Le tragique, c’est de n’avoir aucun intérêt : de ne pas s’intéresser à quelque chose fortement, de n’avoir pas de passion, ni même de désir.

Rien n’entraîne si sûrement l’infériorité mentale, le malheur, souvent même le désastre.

Un intérêt passionné, voilà quel a toujours été le mobile essentiel des penseurs et des hommes d’action.

1° ils avaient en vue un objet précis ; 2° ils ont cherché les plus sûrs moyens de l’atteindre.

Ces hommes étaient ambitieux.

Mais ne croyez pas que l’ambition ne soit réservée qu’aux grands hommes, aux conquérants qui rêvent d’asservir le monde, aux rois du pétrole ou des chemins de fer, aux politiciens qui aspirent à diriger les destinées de leur pays.

Non, l’ambition est un levier à la disposition de chacun ; nous sommes tous ambitieux, ou nous devrions l’être dans la mesure où notre ambition est légitime.

Le bachelier qui prépare la licence pense déjà à l’agrégation ou au doctorat ; le poète, le littérateur qui débute rêvent d’imposer leur nom à l’attention du public ; le savant espère se survivre par une découverte ou par une méthode -nouvelle de recherche ; le journaliste anonyme qui « fait les chiens écrasés » compte bien devenir rédacteur, ou même directeur du journal auquel il collabore.

Tout aussi légitime, l’ambition de l’ouvrier et de l’employé qui espèrent s’établir à leur tour comme patrons ; du petit commerçant ou du petit industriel qui travaille à devenir des magnats du commerce ou de l’industrie.

Du bas en haut de l’échelle sociale se manifeste un mouvement perpétuel d’ascension.

Resterez-vous en bas ? vous contenterez-vous de regarder les autres monter et occuper la place confortable à laquelle vous pourriez aussi prétendre ?

Le but et l’idéal.

4. Prenez garde, pourtant, que nous ne sommes pas de ceux qui ne voient un succès que là où il y a un gain d’argent. L’argent peut être la mesure du succès, il ne l’est pas toujours. Ainsi, réussir une expérience de laboratoire qui ouvre à la science et à l’industrie des voies nouvelles ne se traduit pas nécessairement pour le chimiste par un gain accru ou par une prime en argent. Le résultat, fruit de longs et pénibles labeurs, est pourtant un succès.

Nous évaluons la réussite d’après le mérite et l’effort qui ont été mis en oeuvre. Encore la notion de but et celle de succès ne sont-elles que relatives ; elles sont en rapport avec l’esprit qui les conçoit.

Un commis épicier qui rêve de devenir, dans dix ans, le patron d’une belle épicerie et qui travaille assidûment pour y arriver, est poussé par un dessein « grand » à ses yeux ; innombrables sont, en effet, les connaissances qu’il devra accumuler pour atteindre à ses fins et diriger sa vaste entreprise.

Son activité est, dans un ordre différent, comparable à celle de l’astronome qui travaille à découvrir l’explication des taches du soleil ou du médecin qui s’efforce de trouver le remède du cancer. Les points de départ et d’arrivée sont matériellement autres ; la valeur de l’énergie humaine déployée est la même.

Elle est due à l’exaltation que produit le désir de la réussite avec ou sans gain pécuniaire. Ce gain est un élément appréciable, disons même agréable. Mais il existe des formes supérieures d’intérêt, des « intérêts désintéressés ». On les englobe sous le nom d’idéal.

Pour notre commis épicier, la création d’une grande épicerie devra n’être qu’un échelon vers un but plus vaste et plus élevé ; il devra s’intéresser ensuite peu à peu à l’art, à la science, à la politique générale, bref à un but plus large. Autrement dit, l’intérêt peut ne revêtir qu’un caractère étroit et individuel ou bien s’ériger en une fin plus universelle.

Les peuples aussi s’exaltent pour les fins qu’ils poursuivent. Dès qu’ils cessent d’être inspirés par un idéal, ils ne tardent pas à disparaître. avoir un idéal supérieur est, pour l’individu comme pour la collectivité, une nécessité absolue.

Sans idéal, ils perdraient ce qu’ils ont acquis et retomberaient à leur point de départ : la misère et la barbarie.

II. Intérêt et harmonie mentale

L’intérêt que vous éprouvez pour votre but active le développement de vos capacités mentales.

A. L’intérêt donne à l’esprit l’unité d’action.

1. Voici un jeune homme qui, venant de terminer ses études, cherche à se créer une situation. Absorbé par la préparation de ses examens, il n’a pu jusqu’alors faire définitivement choix d’une carrière.

Le moment est venu de se décider et c’est pour lui un grand souci. Il est attiré par diverses professions qui toutes ont leurs avantages et leurs inconvénients. entrera-t-il dans l industrie automobile ? à la bourse ? dans les assurances ? — il essaye de peser impartialement le pour et le contre.

Dans cette période d’indécision, pour ne pas dire de dispersion, son esprit n’a aucun point de concentration, et la force de l’intérêt est à peu près suspendue : elle ne s’exprime plus que par le désir de découvrir sa vocation réelle. Enfin, il se décide : il entrera dans une banque.

Aussitôt une idée bien définie commande toutes ses facultés : il veut devenir un habile financier. Dès lors, pour réaliser cette ambition, son esprit d’observation, sa mémoire, son imagination, son jugement, sa volonté vont agir de concert. nous ne disons pas qu’il n’aura aucune idée étrangère à son travail (nous souhaitons au contraire qu’il en ait pour son bon équilibre mental), mais le fait de poursuivre un but va faire coopérer harmonieusement ses diverses facultés.

Par contre, si nous n’avons pas de but défini, nous travaillons par nécessité, mais sans goût, et, notre besogne achevée, nous ne savons comment « tuer » le temps. Notre vie, n’ayant pas de centre, se disperse ; nous n’avons ni méthode, ni plan. nos facultés ne prennent aucun développement ; elles s’étiolent même et un jour vient où nous nous reconnaissons inférieurs à ce que nous étions autrefois. A peine nous avouons-nous ce que nous aurions pu devenir si, dès la jeunesse, nous avions adopté un but et une méthode.

B. L’intérêt développe l’attention.

2. Voici, en présence de M. X…, six personnages : un tailleur, un peintre, un psychologue, un médecin, un homme d’affaires et un… je ne sais quoi, car il ne s’intéresse à rien. chacun des cinq premiers fera une remarque au sujet de m. x… relativement à ce qui l’intéresse.

Ainsi le tailleur observera sans aucune peine la coupe du veston, la qualité du tissu ; le peintre examinera la physionomie, la couleur des yeux et du teint ; le psychologue, verra rien ; son regard glissera sans faire aucune remarque et après une vague impression ce sera, comme auparavant, le vide dans son esprit.

Rien de plus fréquent que la dispersion d’esprit ; elle résulte le plus souvent de l’absence de but, par conséquent d’intérêt. Combien d’Étudiants nous disent : « Quand je m’assieds pour faire des comptes ou lire un livre, je ne puis concentrer mon attention sur mon travail, je pense à tout autre chose ; arrivé à la fin de la page, je dois recommencer ! J’ai tout autant de peine à suivre une conversation. Les gens me parlent, et, s’ils me demandent : « N’est-ce pas votre avis ? », je ne sais à quoi s’applique cette question ; j’étais dans les nuages. »

Nous cherchons alors à déterminer depuis combien de temps notre interlocuteur souffre de cet état d’esprit, et, un à un, nous obtenons les renseignements désirés.

Enfin, nous posons la grande question : quel est votre but dans la vie ? vous laissez-vous vivre, ou avez-vous un plan, une ambition ?

«— ma foi ! j’ai bien peur d’aller tout juste mon petit bonhomme de chemin. Certes, j’aimerais augmenter mes revenus, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Pour ce qui est de l’ambition, il y a beau temps que je n’en ai plus.»

Forts de cet aveu, nous commençons à lui expliquer qu’on peut remédier à la dispersion de l’esprit, d’abord en reconstruisant sa vie intérieure sur une nouvelle base de désirs, puis en suivant avec décision la voie adoptée.

Nous lui représentons que non seulement il doit désirer augmenter ses revenus, mais être bien déterminé à les augmenter de 20 à 25 % par an. Peut-être lui sera-t-il difficile au début de se créer un mobile d’action ; mais, dès qu’il y aura réussi, il concentrera plus facilement son attention sur les détails de ses affaires ou sur les pages d’un livre.

Il prendra de bonnes habitudes mentales, et ses pensées, au lieu de se poser, sans raison, ici et là, seront toutes dirigées sur les moyens d’augmenter ses profits et d’édifier de nouveaux projets.

En outre, une discipline psychique — que nous esquisserons plus tard dans notre cours — accomplira des merveilles pour le développement de ce que nous pourrions appeler les muscles mentaux. Et, dans trois mois, cet homme, qui manquait de confiance en lui, nous dira qu’il ne se reconnaît plus : il n’aurait pas cru qu’une guérison pût être aussi rapide et aussi complète.

Des buts trop nombreux dispersent l’attention.

Il faut savoir se limiter.

3. Avoir un but précis concentre l’attention ; avoir trop de buts, et des buts trop différents, la disperse. Nous connaissons un homme qui s’occupait en même temps de trois affaires importantes, très différentes entre elles. De huit heures à dix heures du matin il travaillait à la première, de dix heures à midi à la deuxième, et de treize à vingt et une heures à la troisième.

On a beau être bâti à chaux et à sable, une tâche aussi absorbante et quotidiennement renouvelée dépasse les forces normales. Cet étudiant en arriva, au bout de deux années, à un surmenage caractérisé.

Il lui fallait lire une lettre deux fois pour en saisir le sens. Il lui arrivait souvent « d’être dans les nuages » pendant une entrevue fort importante. Il consulta son docteur qui l’engagea à se reposer quelque temps. Nous lui avons conseillé un remède plus énergique. Nous l’avons averti que s’il ne diminuait pas ses heures dé travail et le nombre de ses occupations, non seulement maintenant, mais à l’avenir, son cerveau ne fonctionnerait plus du tout. Il fut obligé de ne conserver que deux de ses affaires et de placer un directeur à la tête de la troisième.

Notons que le surmenage tient souvent à un manque de méthode. Il faut savoir se tracer un emploi du temps raisonnable, classer les questions selon leur importance et ne pas sacrifier l’essentiel aux détails. Beaucoup de patrons ont le tort de vouloir faire tout par eux-mêmes et se fatiguent pour un infime profit, alors que sans inconvénient ils pourraient et devraient confier à des subordonnés les tâches secondaires.

Il y a donc une limite à l’effort, que chacun de nous doit connaître en ce qui le concerne. Cette limite est variable selon les individus. Certaines personnes sont capables de poursuivre en même temps plusieurs sujets d’étude ou de s’occuper activement de plusieurs entreprises. Mais, en règle générale, il suffit de sa profession et d’un ou deux buts secondaires pour remplir sa vie.

Sans doute, comme nous le disons souvent, un travail repose d’un autre ; mais c’est à condition que les deux séries d’activité soient très différentes et que l’on ne soit pas déjà épuisé. On peut concentrer son énergie sur une affaire commerciale pendant huit heures par jour et consacrer encore deux ou trois heures à apprendre des langues étrangères, à jouer d’un instrument, à étudier la théorie de la T. S. F., ou à rédiger des études d’histoire, ou de critique artistique.

L’attention, quoique fixée pendant de longues heures sur les affaires, sera pourtant fraîche si ensuite on veut la concentrer sur d’autres sujets. Dans ces conditions, la deuxième occupation devient une « distraction », au sens supérieur du mot, et par suite un véritable repos mental.

C’est ainsi qu’on peut éviter à la fois la dispersion de l’attention dans plusieurs directions, et le surmenage par excès d’attention sur un seul et même but.

N’avoir aucun but, c’est aller à la dérive ; en avoir trop, c’est gaspiller  son énergie.

La loi de l’intérêt.

4. Elle est claire et facile à formuler : plus votre intérêt est intense, plus votre attention est forte. c’est ainsi qu’il y a une attention spontanée en quelque sorte, qui se manifeste par exemple quand vous lisez un auteur qui vous plaît, ou quand vous écoutez une musique qui vous touche ; et d’autre part une attention voulue, qui s’exerce notamment au cours des travaux nécessaires à la profession ou au métier.

Dans les deux cas, pourtant, la fatigue causée par la concentration de l’attention est d’autant moins grande que l’intérêt pour l’objet est plus profond et plus puissant.

Ainsi l’intérêt détermine, non seulement le degré de l’attention, mais aussi sa durée.

Le génie et l’attention.

5. Il est à remarquer qu’un grand nombre d’écrivains ont été persuadés, et le sont encore, que le génie est dû plus à la concentration de l’attention sous une forme quelconque qu’au développement extraordinaire de facultés supérieures. Buffon a dit que le « génie n’est qu’une longue patience ».

« entre un esprit ordinaire et celui de Newton, il n’y a, dit sir William Hamilton, qu’une différence importante : celui-ci est plus capable que celui-là de soutenir son attention… Le grand mathématicien anglais l’admettait lui-même avec une modestie égale à sa pénétration d’esprit. À ceux qui vantaient son génie, il répondait que s’il avait fait quelques découvertes, il le devait plus à son inlassable attention qu’à tout autre talent. »

Helvétius affirmait que ce n’était « qu’une attention prolongée ». Matthew Arnold soutint que c’était « surtout une question d’énergie ». mais ce ne sont là que des demi-vérités.

La vérité entière est celle-ci : l’attention, la réflexion, l’énergie, l’effort mental — employez le terme que vous voudrez — prépare l’invention originale. Une nouvelle idée est enfantée par la sphère subconsciente de notre intelligence. C’est pourquoi on dit que la nouvelle idée nous « vient » ; elle fait son apparition momentanément, alors que, peut-être, l’esprit est occupé à quelque chose d’entièrement différent. Cependant, la valeur de l’attention n’en est pas diminuée ; elle en est plutôt accrue.

C. L’intérêt développe la mémoire.

6. La vigueur de la mémoire, comme celle de l’attention, dépend de l’intérêt qu’on éprouve et du but qu’on se propose. Le jeune étudiant en droit, qui espère entrer au Barreau, poursuit ses études avec entrain et désire vivement passer ses examens.

Etant intéressé, il est résolu à vaincre ; par suite, les difficultés de compréhension et de mémoire tendent à disparaître. S’il avait d’autres intérêts, ou s’il était indifférent aux résultats de son travail, il parcourrait distraitement ses livres de droit, son attention serait faible ; par suite, sa mémoire serait paresseuse et incertaine.

N’est-il pas notoire que nous nous rappelons les détails d’une affaire qui nous intéresse plus facilement que ceux d’une entreprise à laquelle nous sommes indifférents ? un jeune homme de 25 ans se plaignait de son peu de mémoire dans les affaires. Il oubliait de mettre les lettres à la poste, négligeait les communications téléphoniques, ne se souvenait ni des commandes faites, ni des ordres reçus.

Mais il se rappelait tout ce qui touchait au football : les dates des matches, les noms des équipes et des joueurs, les résultats exacts des parties. Il était à cet égard une vivante encyclopédie. il mettait tout son cœur dans le football et non dans les affaires.

Où est notre cœur, là aussi est notre mémoire.

Examinez votre vie et cherchez ce que vous vous rappelez le mieux. Ce sont les événements, heureux ou malheureux, qui vous ont fait éprouver une vive émotion, ceux qui vous ont inspiré un intérêt profond. Un passage extrait d’une lettre de l’un de nos Étudiants vient à l’appui de cette observation : « Les trois faits dont je me souviens le plus vivement, écrit-il, c’est le terrible accident où l’un de mes camarades se noya sous mes yeux (je faillis me noyer moi-même) ; la soudaine exaltation morale que j’éprouvai sur une des montagnes de la Suisse ; et le profond étonnement que je ressentis lorsque, pour la première fois, je regardai par un télescope. »

La mémoire, cependant, peut se trouver amoindrie alors que l’intérêt reste intact. Il est indéniable, par exemple, que pendant une maladie la mémoire s’affaiblit, bien que notre intérêt reste aussi vif. De même un choc, le surmenage et bien d’autres causes accidentelles peuvent amener des troubles de la mémoire.

Il résulte de ce qui précède que l’intérêt est plus fondamental que le souvenir : intérêt et but conditionnent l’attention et la mémoire.

D. L’intérêt fait trouver des idées.

7. En canalisant toutes les facultés mentales vers un but déterminé, l’intérêt élimine toutes les sollicitations du monde extérieur, de même que toute idée n’ayant pas trait au but qu’on s’est proposé.

Dans le domaine qui nous séduit, il rend nos idées plus nombreuses, plus puissantes, plus fécondes. Il augmente ainsi le pouvoir créateur de l’imagination.

Grâce aux forces qu’il vous donne, vous ne vous bornez plus à considérer ce qui touche étroitement à vos affaires, à votre profession, mais vous êtes amené à examiner également autour d’elles tout ce qui, à première vue ; leur est étranger. Cet accroissement de nos idées en nombre et en qualité aboutit aux plus fructueux résultats.

Maxwell émit une théorie concernant les relations du magnétisme et de l’électricité.

Hertz, en tant que physicien, s’y intéressait aussi, et fit des expériences pour vérifier la théorie, ce qui le conduisit à la découverte des ondes hertziennes ou électromagnétiques.

Marconi et Branly s’y intéressèrent à leur tour et aboutirent à certaines applications pratiques que de profondes réflexions leur avaient suggérées. C’est ainsi que fut découverte la télégraphie sans fil. Cet exemple met nettement en lumière le rôle de l’Intérêt, de l’Attention, de la Mémoire dans la naissance et le développement des idées.

La naissance et le développement des idées.

8. Les annales du génie montrent que dans presque tous les cas, l’originalité et les découvertes des grands hommes sont dues, d’abord, à cette impulsion, sentiment ou émotion (quel que soit le nom que vous lui donniez) qui fait passer aisément de l’intérêt à l’action. Un exemple nous suffira.

Finsen, le fameux spécialiste des cures de lumière, vit un chat reposant paresseusement sur un toit, en plein soleil. L’ombre d’un bâtiment voisin atteignit l’animal, qui se déplaça peu à peu pour s’exposer de nouveau aux rayons solaires. Il répéta la même manoeuvre plusieurs fois. Cette répétition attira l’attention de Finsen, dont l’intérêt croissait à mesure qu’il réfléchissait. Il comprit que la lumière et la chaleur faisaient du bien au chat, mais comment et pourquoi ? Il se sentit à la veille de faire une grande découverte ; et, par la suite, ses nouvelles aboutirent à la fameuse cure Finsen.

Vous direz peut-être : n’est-ce point un cas où l’attention fit naître l’intérêt, plutôt que le contraire ? Non, car le savant commença par s’intéresser aux mouvements du chat, et c’est cet intérêt qui attira son attention sur le pourquoi du phénomène.

On objectera que pour nous intéresser à une chose, il faut l’avoir d’abord aperçue.

Certes : mais cette sorte d’attention au premier degré, spontanée, presque automatique, n’est pas l’attention concentrée, intense, dont nous nous occupons en ce moment.

Nous reviendrons plus tard sur l’attention qui se développe par la culture de l’esprit d’observation.

L’intérêt comme stimulant.

9. N’avez-vous jamais entendu A… dire à propos de B… : « Je me demande où il trouve toutes ses idées ? » Cette remarque n’est point exempte de rancune et d’envie.

A… fait de son mieux et cependant B… le surpasse en tout. pourquoi ?

Probablement parce que B… est plus intelligent, ou plus laborieux, ou connaît mieux son métier. mais il est également probable que a… n’a pas un aussi fort stimulant que B… et que, dès qu’il en aura un, les idées lui « viendront », aussi nombreuses et aussi fécondes que celles de son rival.

Nous avons été étonnés de l’extraordinaire habileté dont certains hommes sans instruction font preuve dans la conduite de leurs affaires. Ils peuvent commettre quelques bévues lorsqu’il faut de la précision dans l’expression et un goût sûr ; mais ils ont trouvé les idées essentielles, et les ont magistralement mises à exécution. Ces hommes ont en eux la force, et cette force jaillit de leur enthousiasme pour leur oeuvre.

Appliquez ces exemples à vos propres affaires. Pourquoi êtes-vous quelquefois à court d’idées ?

Deux raisons l’expliquent. Une période de stagnation, longue ou courte, suit presque toujours une période de création ; à l’exaltation mentale succède une sorte de dépression. C’est le rythme intellectuel.

Mais la cause la plus grave, c’est que les feux de l’intérêt s’éteignent. Vous perdez votre force ; votre attention se relâche ; votre puissance de réflexion diminue, et vous n’obtenez plus que des résultats médiocres.

Le remède est simple : vivifiez, accroissez le stimulant et les idées viendront. La loi du stimulant a été formulée ainsi : « l’efficacité d’un sentiment, en tant que force agissante, est déterminée par son intensité et sa durée. »

Il faut que votre intérêt soit permanent et profond, sinon vous ne progressez pas ; vous êtes changeant, instable ; tantôt vous êtes tout feu, tout flamme, et tantôt froid et apathique. Si au contraire votre intérêt, quoique constant, reste tiède, il ne renferme aucune force, aucun « piment » et ne stimule en rien votre activité.

E. L’intérêt accroit la confiance en soi.

10. C’est là une question extrêmement importante et nous nous proposons de l’étudier à fond. définissons d’abord la « confiance en soi ». d’après le dictionnaire, c’est « la foi qu’on a en ses propres forces ; on compte sur la rectitude de son propre jugement et la compétence de ses propres facultés, sans aide étrangère. »

Personne n’est absolument dépourvu de cette désirable qualité d’esprit et de caractère : il y a généralement une sphère (celle de nos affaires ou de notre profession) qui nous intéresse, que nous connaissons bien et où nous ne craignons point de parler et d’agir.

Un cordonnier peut être d’une timidité extrême et sans aucun esprit d’initiative : mais, si vous vous avisez de le contredire lorsqu’il parle de cuir, il finira sans douter oser vous dire que vous dites des sottises. Chacun de nous est assez sûr de lui lorsqu’il sait.

C’est de cette manière que s’accroît la confiance en soi. Vous connaissez votre sujet ou vous êtes en voie de le connaître, et votre hésitation naturelle cède le pas à votre expérience.

Cependant, même dans ce cas, il y a des gens qui n’osent soutenir leurs opinions : ils acceptent sans protester, l’énoncé des faits les plus absurdes et les plus faux. Que d’écoliers savent la réponse à faire et ont peur de lever le doigt et de parler !

Devenus hommes, ils conservent cette passivité et, quoique possédant le savoir et les capacités nécessaires pour réussir, ils hésitent sans cesse. C’est qu’ils sont de caractère réservé. ils ont le secret désir d’arriver, mais ils ne sont pas entreprenants. aussi se laissent-ils dépasser par les hommes plus sûrs d’eux-mêmes.

Comment arriverez-vous à vaincre cette défiance de vous-même ? en provoquant un

Sentiment sous la forme d’un désir et en l’exprimant par un but défini. Lorsque vous demandez une faveur à un supérieur, votre dignité exige que vous le fassiez sans trembler et sans balbutier. Dites-vous à vous-même : « Cela doit finir. Cela n’est pas digne. » au premier abord, l’émotion coutumière reparaît, quelle que soit la force de la résolution prise ; mais elle s’évanouira peu à peu.

Le caractère et ses effets.

11. Notre caractère nous empêche donc souvent de progresser, surtout si la concurrence est grande. On voit des individus bien doués n’occuper qu’une place subalterne, tandis que d’autres, d’intelligence inférieure ; accaparent la première place.

C’est que ceux-ci sont supérieurs sur un point : ils sont énergiques et ils ont confiance en eux. On ne saurait les en blâmer ; on ne saurait blâmer davantage ceux que leur réserve tient à l’écart des batailles de la concurrence.

Nous ne voulons pas que le monde soit peuplé d’arrivistes ne cherchant que la satisfaction de leurs désirs égoïstes ; mais nous ne désirons pas non plus le voir encombré de timides, incapables de se frayer un chemin dans la vie.

Nous apprécions, bien entendu, la valeur d’un caractère réservé, tel qu’il se manifeste dans la vie et les oeuvres d’un grand nombre d’idéalistes : et nous ne sommes pas aveugles aux mérites de ces individus énergiques qui acceptent avec calme les responsabilités des chefs.

Mais si un homme d’esprit indécis désire pénétrer dans une sphère où il lui faut entrer en concurrence avec les autres, il ne doit pas, s’attendre à ce que les règles de la lutte soient modifiées pour lui.

Il doit les accepter telles qu’il les trouve, lutter et vaincre. Cette manifestation d’énergie ne l’obligera nullement à cesser de se conduire en homme d’honneur.

De même que, dans un match nautique, les adversaires, tout en luttant de toutes leurs forces et de tout leur coeur, restent animés du plus pur esprit sportif, de même il peut y avoir dans toutes les sphères de la société une rivalité saine, qui reste soumise aux plus impérieuses exigences de l’honneur.

Quant à savoir si un homme doit obéir à son caractère ou le plier à ses besoins — c’est une question que cet homme, seul, peut résoudre. Nous avons connu des individus dont rien n’aurait pu transformer la timide réserve en puissante activité ; par contre, nous en connaissons beaucoup d’autres qui y sont parvenus. Ils étaient de nature renfermée et contemplative ; mais, par vouloir personnel, ils devinrent actifs, presque agressifs.

Cependant, il y a des chances pour que « l’intérêt-force » accroisse l’énergie de chacun et lui permette de trouver un système de développement adapté à son tempérament.

Lors de la dernière guerre, bien des hommes et des femmes d’une grande retenue, encore fondaient des hôpitaux pour les blessés. Chaque tempérament s’exprimait par le mode d’action qui lui convenait le mieux.

Votre intérêt, s’il est intense, trouvera sûrement le moyen de s’exprimer ; et à l’encontre même de votre caractère, il provoquera en vous de profonds changements.

L’Intérêt engendre le Succès. Confiance et défiance de soi.

12. Sir james barrie, l’écrivain anglais bien connu, avait été chargé d’écrire une pièce par m. charles frohman. lorsqu’il en remit le manuscrit, il dit : « je suis sûr qu’elle n’aura aucun succès commercial, mais c’est l’enfant de mes rêves, et je désire tellement la voir mise en scène que, pour vous indemniser des pertes qu’elle vous occasionnera, j’ai écrit une autre pièce. — Tranquillisez-vous, répliqua Frohman, je ferai jouer les deux. »

Or, la pièce dont le succès paraissait douteux à l’auteur était « peter pan », qui rapporta plusieurs fortunes. L’autre, qui devait indemniser le directeur, était « Alice reste auprès du feu », et ne fut jouée qu’une saison. C’est ainsi qu’un auteur peut se tromper en appréciant ses œuvres.

Cependant, si james barrie avait tout à fait manqué de confiance en soi, il aurait dit à frohman : « non, je ne puis pas vous écrire une pièce — une pièce assez bonne pour vous. Mon genre ne vous plaira pas. »

Au lieu de faire un pareil aveu, il écrivit deux pièces, dont l’une, il en était sûr, compenserait l’insuccès de l’autre. Il doutait de la valeur commerciale de cette dernière, non de ses qualités humaines et littéraires, car c’était l’enfant de ses rêves, si cher à un écrivain. Barrie ne manquait pas de confiance en soi ; il ne faisait que se tromper en estimant la valeur pécuniaire de ses pièces.

Comme nous l’avons déjà dit, la force de l’intérêt donne à l’esprit l’unité d’action, elle favorise la concentration de la pensée et le développement de chacune de nos facultés.

C’est de là que naissent la foi et la confiance.

Un homme se sent capable de réaliser certaines œuvres, parce qu’il s’est préparé à les faire et qu’il y a réussi. Ce sentiment de confiance, qui se manifeste dans une certaine sphère, tend à se déployer dans d’autres ; et celui qui se fie vraiment à ses capacités professionnelles, s’aperçoit que ce même pouvoir peut s’exercer dans de nouvelles directions. Il suffit qu’il ait foi en ses propres moyens, excités par l’enthousiasme et éprouvés par sa propre expérience.

F. L’intérêt accroît la puissance de la volonté.

13. La chose que de toute votre âme vous désirez faire, parce que vous la croyez bonne et avantageuse pour vous et les autres, est précisément celle qu’il vous sera le plus facile d’accomplir. Votre enthousiasme vous donnera de l’énergie. S’il vous faut, pendant un mois, commencer votre travail de bonne heure et le finir tard, vous le ferez aisément.

Cette observation est très simple ; mais on n’en saisit pas toujours l’importance. Les hommes nonchalants, indifférents, paresseux, sans ressort, sont en général incapables de s’intéresser à quoi que ce soit et, par conséquent, sans but, sans concentration de pensée et sans volonté. c’est une relation de cause à effet, comme disent les psychologues.

Nous savons que ce rapport présente d’autres aspects ; mais ici, nous ne nous occuperons que de l’intérêt qui vise à un but précis et qui, en exigeant des efforts, développe toutes nos facultés mentales. L’une d’elles, nous le savons, est la Volonté.

Cette volonté a, dans le sentiment de l’intérêt, non seulement son origine, mais aussi le principe de sa durée : ainsi on s’habitue à vouloir.

Donc, si vous vous apercevez un jour que votre volonté fléchit, bien que vous soyez en bonne santé et sans soucis, pensez au but que vous poursuivez dans la vie, examinez-le, pour voir s’il a conservé sa force d’action primitive.

Êtes-vous aussi enthousiaste que vous l’étiez ? ou la vie vous semble-t-elle avoir perdu de son attrait ? On découvre souvent que l’affaiblissement de la Volonté vient du manque d’élan ou de stimulant.

Le désir est moins fort ; l’attention se disperse. Toutes ces défaillances s’enchaînent étroitement et, bien qu’il y ait d’autres facteurs dont on doive tenir compte, le facteur principal, c’est l’intérêt.

Sans doute, l’habitude de surmonter les difficultés pour réaliser l’ambition de sa vie exerce une salutaire influence sur tout l’esprit ; un homme victorieux d’un côté est apte l’être d’un autre.

Cependant, il n’en est pas toujours ainsi. Nous avons connu des hommes qui possédaient une grande force de volonté dans les affaires, mais qui n’en avaient pas dans d’autres sphères d activité, où ils en auraient pourtant eu grand besoin. C’est pourquoi il nous faut avoir : ou un seul idéal assez vaste pour embrasser toute notre vie consciente, ou divers intérêts capables de créer tour à tour la force de volonté nécessaire.

Récapitulation.

14. Résumons en un tableau synoptique ce que nos capacités mentales doivent à l’Intérêt :

L’intérêt donne à l’esprit l’unité d’action et accroît

La force de l’attention, la force de la mémoire, le nombre et la valeur des

Idées, la confiance en soi et la volonté

III. Comment se créer un but

Pourquoi bien des gens vivent sans but.

1. La claire notion d’un but étant la condition première de la réussite, on doit se demander comment il se fait que tant de gens vivent sans but.

Aucun homme ne vit sans se sentir attiré par certaines choses ou certaines personnes.

L’impassibilité, l’indifférence totale sont rares. Mais on peut être adonné à la cupidité, aux passions, sans avoir véritablement un but.

Tel est, précisément, le cas de ceux qui manquent le plus de tout idéal : esclaves de leurs désirs, ballottés par les circonstances, ils sont menés par le hasard, au lieu de diriger leur destinée. Il leur a manqué de concevoir une fin assez lointaine, et d organiser toute leur existence en vue d’atteindre cette fin.

On vit donc sans but faute d’un intérêt dominant, qui unifierait notre existence entière. N’étant pas plus attiré par ceci que par cela, on butine tantôt ici, tantôt là, aux hasards de la route, qui va n’importe où.

Ne croyez pas que ce soit l’indépendance ; c’est le caprice, l’absence de toute maîtrise de soi. Celui-là seul a un but, qui montre de la suite dans ses idées, de l’organisation dans ses efforts.

On vit sans but par fatalisme, si l’on se persuade qu’il ne sert à rien de vouloir, parce que notre sort ne dépend pas de nous. Rien de plus déraisonnable. sans être entièrement maîtres de notre destinée, nous sommes largement responsables de nos mérites comme de nos défaillances.

On vit sans but faute de confiance en soi. C’est le cas du pessimiste, du timide. ces déprimés ne nient pas qu’ils pourraient intervenir efficacement dans leur propre existence, mais ils n’osent pas, soit par crainte que leur activité tourne à leur détriment, soit par crainte de se tromper ou d’être mal jugés. On vit sans but faute de volonté. Chez les uns, c’est de l’apathie ; chez les autres, de l’indécision ; ailleurs encore, de l’inconstance. Cette inertie est souvent la suite d’habitudes paresseuses. La peur de l’effort, voilà d’ordinaire sa cause principale.

Quoique notre but nous attire, il n’oriente que ceux qui, ayant su le concevoir, s’élancent à sa poursuite.

But immédiat et but lointain.

2. Nous avons dit déjà que ce mot de but ne désigne pas nécessairement une grande mission, une vaste ambition, une réussite éclatante. Chacun peut trouver dans sa propre sphère professionnelle et sociale des améliorations à proposer, des progrès à réaliser.

Un mineur n’est qu’un ouvrier ordinaire tant qu’il fait son travail machinalement et n’occupe ses loisirs qu’à s’amuser plus ou moins grossièrement.

Mais si ce mineur cherche comment améliorer les procédés d’extraction, renforcer les boisages, assurer l’hygiène et la sécurité de ses compagnons ; si, à terre, il s’instruit par la lecture et s’intéresse à des œuvres sociales de solidarité, par exemple à l’envoi des enfants à la montagne ou à la mer, il se complète lui-même.

À ses buts immédiats, qui sont le perfectionnement du travail professionnel, l’entretien de sa famille, le développement de sa culture personnelle, il adjoint un but lointain.

Autant de professions, autant de possibilités : pour commencer, limitez votre ambition, en la rattachant aux activités dont vous avez déjà l’habitude. C’est peu à peu que votre horizon s’élargira et que vous pourrez envisager la poursuite d’un but de plus en plus complexe et de plus en plus vaste.

Car ce n’est pas tant l’ampleur du but que vous visez qui lui donne la valeur d’un stimulant, que la force de votre désir d’une part, et de l’autre, la possibilité d’atteindre au succès. Si l’on vise d’abord trop haut ou trop loin, on court le risque d’être désappointé ou de s’user inutilement. On doit donc se définir soi-même les buts immédiats et le but lointain conformément aux faiblesses et aux aptitudes qu’on possède.

Prenez vis-à-vis de la vie une certaine attitude : celle de l’explorateur et du chercheur, qui sait qu’au-delà de son expérience actuelle il existe encore d’autres domaines à connaître. Ne vous soumettez pas à la routine, mais profitez de ce que vous savez déjà pour apprendre davantage, pour voir plus loin et plus haut.

La recherche du but.

3. On nous demande quelquefois : « comment puis-je me créer un intérêt dans la vie et former un plan d’action ? » Mais avant de répondre à cette question si raisonnable, il nous faut connaître un peu la personne qui la pose.

Une mère de famille, par exemple, a déjà comme telle une mission à accomplir, et il n’en est pas de plus belle que celle de bien élever ses enfants. il se peut qu’elle veuille, de plus, développer ses facultés de façon à être la conseillère de ses enfants, quand ils grandiront et commenceront à penser par eux-mêmes. En ce cas, la fin qu’elle se propose est encore plus claire et plus définie.

Beaucoup de nos étudiants ont un but général bien déterminé, lorsqu’il s’agit de leurs affaires ou de leur profession ; mais ce peut être insuffisant. Pourquoi ne se propose-raient-ils pas quelques buts secondaires, qui contribueraient à développer plus largement leur culture ?

Les hommes et les femmes qui ont un revenu assuré n’ont pas à se proposer un but leur permettant de gagner leur vie. Ils chercheront surtout à lire, à développer leur esprit, à participer à de bonnes oeuvres ; quelle que soit l’occupation à laquelle on s’adonne, tout intérêt assez vif tend à révéler les aptitudes cachées de l’esprit aussi bien qu’à en développer les facultés les plus apparentes.

On peut dire que les hommes exerçant une profession libérale ont déjà un but fixé et de suffisantes causes d’intérêt. Ils sont artistes, avocats, médecins, ingénieurs, fonctionnaires. Le plan général de leur destinée est arrêté, quoique les détails ne le soient pas.

Le but du médecin est évidemment d’exercer son art, mais sous quelle forme ? se spécialisera-t-il ? Pratiquera-t-il la médecine générale ? Visera-t-il à devenir professeur de Faculté ? Dans quelle voie l’intérêt le poussera-t-il ? Une fois la question résolue, il lui faut encore réfléchir et se tracer un plan d’action.

Il y a des milliers de personnes dont l’avenir, en général, est déterminé, mais qui, en dehors de leur tâche journalière, n’ont aucun intérêt particulier. Elles considèrent volontiers leurs occupations comme un labeur obligatoire et ennuyeux : et elles vivent leur vraie vie à la maison, parmi des livres, des collections ou des fleurs.

Ces personnes ont souvent une vie longue, heureuse et utile, mais ne tirent pas parti de toutes leurs aptitudes. Si elles font de mauvaises affaires, ou si les temps deviennent plus durs, elles en souffrent cruellement. Une meilleure attitude mentale à l’égard de leur travail leur aurait sans doute épargné cette souffrance, ou du moins leur eût permis de l’endurer avec plus de stoïcisme, et peut-être même avec une parfaite sérénité.

But Principal. But secondaire.

4. En règle générale, le but principal est constitué par la profession : c’est elle qui utilise la majeure partie de votre énergie, c’est elle qui vous assure une aisance de plus en plus grande, parfois même la richesse et par là une possibilité croissante de développer votre personnalité entière.

Tant mieux si cette profession correspond à vos goûts et à vos aptitudes, surtout si son domaine est riche et vaste. Sinon, exercez-la de votre mieux ; efforcez-vous d’y prendre intérêt, d’en découvrir les attraits cachés — il y en a toujours — et transformez le travail machinal en activité consciente et féconde.

Ne croyez pas, cependant, que vous deviez vous regarder comme enchaîné à un métier ou à une profession parce qu’ils vous ont été imposés par les circonstances.

Après une étude sérieuse des possibilités extérieures et personnelles, cherchez la voie qui vous conviendrait vraiment et ne craignez pas de vous y engager.

Si cette profession ne satisfait pas vos aspirations et ne met pas en oeuvre toutes vos capacités, adjoignez-y un but secondaire à la poursuite duquel vous consacrerez vos loisirs.

Il convient, d’ailleurs, le plus souvent, de compléter l’activité professionnelle par une autre activité méthodique d’un ordre différent ou supérieur : peinture, musique, culture personnelle, recherches scientifiques, oeuvres sociales ou politiques.

Questions à se poser.

5. Il a manqué aux gens qui vivent sans but de se poser les questions suivantes :

1° y a-t-il quelque chose qui me plaît plus que tout ?

2° cette chose mérite-t-elle d’être recherchée ?

3° est-elle accessible ?

4° est-elle accessible pour moi ?

5° quels sont les obstacles ?

6° par quels moyens pourrai-je les surmonter ?

7° ai-je, non seulement les qualités suffisantes, mais la ténacité nécessaire ?

8° la victoire sera-t-elle achetée trop cher ?

9° aurai-je de la joie à poursuivre ce but, même si je devais échouer ?

Bref, c’est la sensibilité qui fait qu’il y a pour nous des objets désirables, c’est l’intelligence et la volonté qui font que nous sommes capables de nous assigner des buts et de les atteindre.

La vocation.

6. Il faut donc déterminer avec soin l’occupation préférée, l’intérêt dominant, le « but principal ». pour certaines personnes favorisées, ce n’est pas difficile ; elles ont une vocation, un goût spontané, comme une voix intérieure qui leur commande de s’adonner principalement à telle ou telle occupation. Cette vocation est la poussée puissante qui fait les grands hommes : dans les cas les plus marqués, elle se manifeste dès l’enfance ; le hasard peut la faire découvrir pendant l’adolescence.

La plus impérieuse est la vocation artistique ; on sait que jusqu’au vingtième siècle, les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les poètes ont souvent été obligés de sacrifier leur bien-être à leur vocation.

De nos jours, les conditions commencent à changer et les œuvres d’art peuvent plus au moins « nourrir leur homme ».

Malgré tout, la règle est qu’un homme poussé par une vocation artistique ou scientifique doit gagner sa vie dans une situation « à côté » ; de nombreux poètes ont été fonctionnaires ; maints peintres ont dû être dessinateurs industriels, ou illustrateurs de revues, de journaux, de maisons d’édition ; citons ici seulement le cas de Gustave Doré.

Remarquons que les difficultés extérieures ne diminuent, et surtout ne tuent pas une vraie vocation. Au contraire, elles l’excitent ; c’est alors que l’homme qui possède cette poussée intérieure donne le meilleur de lui-même.

Cette poussée, nommée vocation, se manifeste à divers égards. Le degré le plus fort est celui qui décide de la carrière des grands hommes. Mais on peut dire que chacun de nous a, lui aussi, plus ou moins sa vocation personnelle. Le tout est de la découvrir, et ensuite, de la développer.

Comment le but se découvre.

7. La découverte de la vocation peut dépendre du hasard ; le cas d’ampère et celui de watt, deux enfants de génie, sont bien connus. mais pourquoi s’en remettre au hasard dans une telle recherche ?

Ne vaut-il pas mieux s’analyser avec soin, chercher dans son propre passé des indications précises, puis tâter le terrain et trouver enfin, par une méthode rigoureuse, ce à quoi l’on est vraiment bon, et pour quoi l’on se sent fait ?

Il se peut qu’en vous aussi sommeille une vocation et que nos conseils déterminent en vous comme une « illumination ». Alors, vous verrez, en toute clarté, la voie où conduire votre vie, où concentrer vos énergies. Ne laissez pas dormir vos possibilités.

Prenons un exemple : beaucoup d’enfants font des collections de coquillages, de plantes, de timbres… Faire une collection, c’est déjà le point de départ de la méthode scientifique ; car il faut :

A) classer selon un certain ordre ; b) faire des séries aussi complètes que possible ; c) comparer ces séries entre elles.

Mais la plupart ne s’intéressent qu’aux deux premières opérations ; personne ne leur a dit que la plus importante est la troisième : base même des sciences et des arts.

Mais supposez qu’on dise à l’enfant que sa collection de timbre-poste peut fixer en lui des notions précises de géographie : peut-être sera-t-il, plus tard, un explorateur célèbre ; que sa collection de plantes est le commencement de la botanique ; s’il persé-vère, en élargissant son domaine de recherche, il peut devenir un botaniste éminent ou un biologiste, professeur de Faculté. De la collection de monnaies, il pourra passer à l’archéologie et à l’histoire et là aussi acquérir un nom honoré. Ainsi la collection peut aider à l’éclosion de la vocation.

Bref, chacun de vous possède, comme socrate, un « démon familier », un goût profond, une tendance subconsciente, qu’il faut éveiller et nourrir.

Ce n’est souvent qu’après des années d’efforts que nous découvrons l’idéal de notre jadis un jeune commis de l’Enregistrement. On lui avait dit que la carrière administrative était agréable, ce qui est vrai sous bien des rapports.

Mais notre jeune commis s’est vite lassé d’une besogne monotone qui convient mal à son esprit actif. Il se tourne de divers côtés, vers le droit, le commerce, le journalisme ; il demande conseil à des amis, mais leurs avis sont contradictoires. Il ne sait plus que faire, il est agité, inquiet, il a la sensation d’être emprisonné.

Un jour, il lui prend fantaisie d’écrire une nouvelle dans le genre de celles qu’il a lues dans les revues. Et voici qu’il découvre que le métier d’écrivain lui plait. il le trouve agréable et facile. ii expédie son manuscrit à un éditeur qui lui en demande d’autres.

Notre jeune commis a trouvé sa vocation : il quitte sans esprit de retour l’enregis-trement et le voilà devenu homme de lettres. Ce fut l’aventure d’André Theuriet, de l’Académie française.

L’histoire abonde en faits de ce genre. Corneille était d’abord destiné au barreau et ne découvrit le véritable intérêt de sa vie que le jour où il écrivit sa première comédie.

Et de nos jours, bien des hommes qui ont joué dans la vie politique un rôle de premier plan commencèrent par être avocats, médecins, ingénieurs, voire simples ouvriers.

Il y a ainsi dans toutes les professions, des hommes, des femmes qui mènent une vie incomplète, parce que les circonstances ne leur ont pas révélé leur véritable voie. Les événements leur permettront peut-être un jour de se découvrir une vocation qui sommeillait.

Mais même alors ces gens devront penser et vouloir pour faire d’un beau rêve un but positif. Si donc vous avez la sensation de n’être pas à votre place, prenez patience, cherchez, sans découragement, avec ténacité, à découvrir ce qui vous intéresse le plus au monde ; ce sera le vrai but de votre vie : vos efforts seront récompensés.

Comment éveiller l’intérêt.

8. À quoi nous intéressons-nous le plus ? à l’objet qui convient à notre activité. ce qui « ne nous dit rien » ne nous intéresse pas.

On ne s’intéresse qu’aux choses pour lesquelles on a une certaine compétence. Est-ce à dire que celui qui jusqu’alors ne s’intéressait à rien est définitivement indifférent ? –

Nullement, car l’intérêt naîtra si cet homme donne à son activité un objet précis.

Qu’il s’applique, qu’il s’efforce de faire mieux chaque jour, qu’il tienne compte de ses progrès et songe au bénéfice qu’il retirera de ses efforts s’ils réussissent : il finira par prendre goût à son entreprise et sera sauvé.

Les choses les plus insignifiantes prennent de la valeur à nos yeux quand nous nous appliquons à leur recherche. Mais il faut s’y appliquer avec méthode et persévérance, sinon on reste un à « raté ».

La supériorité de celui qui veut.

9. La nécessité de gagner sa vie oblige la plupart des gens à accepter avec trop de hâte une profession, et souvent ce n’est pas celle qui conviendrait le mieux à leurs aptitudes. Ils sentent bientôt qu’ils ne sont pas à leur place.

Ils ont cependant ce grand avantage de vouloir quelque chose, alors que tant d’autres restent indécis. S’ils sont adroits et prudents, ils arrivent souvent à sortir de leur fâcheuse situation. ils consacrent leurs loisirs à se donner une autre compétence et, lorsqu’ils sont prêts, ils n’ont plus qu’à abandonner la profession qui ne leur convient pas.

Savoir ce dont on est capable est surtout une affaire personnelle. C’est à nous de considérer nos goûts, nos aptitudes, nos capacités, d’observer autour de nous et de juger d’après ce que font les autres de ce que nous pourrions faire nous-mêmes.

Si notre but définitif tarde à se manifester, nous pouvons nous proposer un but provi-soire et attendre les événements, mais soyons toujours aux aguets pour ne pas laisser passer l’occasion.

D’ailleurs, les buts momentanés doivent autant que possible marquer une étape vers le but final.

Quoi qu’il en soit, il sera toujours utile de fixer à notre activité des buts temporaires, pourvu que nous travaillions obstinément à les atteindre et qu’ils ne nous fassent pas négliger notre but définitif ; ils exerceront sur nos facultés une influence aussi bienfaisante qu’un idéal plus durable et les protégeront contre toute déchéance.

Après le but, les moyens.

10. Lorsque nous avons enfin trouvé notre véritable voie et que nous avons en vue un but bien déterminé, il nous faut songer aux moyens de l’atteindre.

Commençons par nous documenter le plus complètement possible sur tous les aspects de ce qui fera désormais l’objet de notre activité et, une fois munis de tous les renseignements indispensables, traçons-nous un plan. d’action.

Il serait présomptueux et dangereux de vouloir parcourir d’une traite le chemin qui mène au but de notre ambition. Il faut, comme un voyageur prudent, procéder par étapes.

Ne nous laissons pas séduire par l’appât d’un gain immédiat : ne perdons jamais de vue l’avenir et ne compromettons pas nos chances de succès pour recueillir des avantages sans lendemain.

L’homme sage et méthodique sait se contenter d’abord d’un résultat modeste, si celui-ci marque une première étape vers le but final.

Ne mesurez pas vos efforts au chiffre de vos émoluments. Ne dites jamais, comme un employé médiocre : j’en fais assez pour ce que je gagne.

Bien au contraire, ne craignez pas de faire du zèle, de vous dépenser sans compter : vous recueillerez un jour ou l’autre le bénéfice de vos efforts. Enfin, tâchez de vous créer le plus de relations possible dans le milieu où vous êtes dorénavant appelé à évoluer : vous pourrez ainsi ajouter l’expérience d’autrui à celle que personnellement vous acquerrez tous les jours.

Mais ne vous faites pas d’illusions. Si même vous observez scrupuleusement tous les conseils que nous venons de vous donner, il ne faut pas vous attendre à des succès immédiats.

Certes, il n’est pas impossible que les circonstances vous favorisent et vous apportent, au bout de peu de temps, une réussite inespérée : accueillez-la comme une chance heureuse bien que méritée.

C’est en prenant la ferme décision de réaliser chaque jour quelque nouveau progrès et en mettant toute votre énergie à y parvenir que vous préparerez le mieux votre succès futur.

Le regard en avant.

11. On se rappelle notre distinction du but immédiat et du but lointain : ajoutons ici que tout progrès se fait par étapes successives. toutes les fois qu’un but immédiat est atteint, une étape est franchie ; on peut se permettre alors un temps de repos, mais à condition de considérer cet arrêt comme un moyen de renouveler son énergie et de préparer les étapes suivantes, qui conduisent au but lointain.

Tout succès obtenu devient, dans ces conditions, un gage de succès futurs. Si on a éprouvé quelque échec, ou même quelque revers, inutile d’y penser, sinon pour en tirer un enseignement. On dresse son bilan, et on se remet en route pour l’étape suivante en sachant mieux maintenant éviter les ornières, tourner les obstacles, vaincre les difficultés.

Regardez en avant : voyez comme partout s’étendent les domaines à mettre en valeur ; et faites en sorte que votre vie soit véritablement une succession de progrès librement choisis et voulus.

La réalisation de son « moi » ou la conscience de sa propre

Personnalité.

12. S’il a bien médité et bien compris ce que nous venons de dire, l’étudiant doit se sentir gai et confiant. peut-être avait-il un but bien arrêté avant d’ouvrir ce livre ; peut-être en avait-il besoin pour former ses premiers plans. Peut-être était-il encore indécis.

Mais il ne doit, en aucun cas, ressentir du chagrin ou du désespoir. Si vous savez ce que vous voulez, cette leçon et les suivantes serviront tous les intérêts qui vous tiennent à cœur. Si vous ne savez pas encore ce que vous voulez, vous avez du moins appris que vous le saurez un jour ; allez donc de l’avant, le cœur plein d’espoir.

Des imbéciles ! fuyez la doctrine de la chance, qui affirme que tous les biens de ce monde sont octroyés par le dieu hasard !

Soyez fermement décidé à arriver, non au bruyant succès qu’applaudit le public, mais au vrai succès : celui qu’on atteint en prenant conscience de sa propre personnalité, en « réalisant » son Moi.

Échec et demi-succès.

13. Saint Paul, parvenu au terme de sa vie, faisant retour sur son passé, dit : « J’ai livré le bon combat ». par contre, que d’hommes arrivés à un certain âge, sont obligés de s’avouer :

J’ai gaspillé mon temps.

J’ai lâché la proie pour l’ombre.

Je me suis laissé devancer par mes inférieurs.

Je n’ai pas réalisé les espérances que mes parents et mes amis avaient fondées sur moi, et j’ai fait le jeu de mes ennemis.

« J’ai suivi en toutes choses la voie la plus facile. »

Je n’ai pas complètement échoué, mais mes succès ont été insignifiants. »

Il n’est jamais trop tard pour vous tracer un plan de vie qui vous évitera la nécessité d’une pareille confession. Commencez la réforme dès maintenant ; ne perdez pas un instant.

Les personnes d’âge mûr qui s’adressent à nous afin de développer leurs aptitudes inutilisées ou de conserver celles qu’elles possèdent, forment un groupe à part.

Le principal objet de leur activité a été déterminé depuis longtemps ; mais si elles suivent notre cours avec plaisir, elles se sentiront de nouveau empoignées par la vie.

Le relâchement intellectuel qu’elles constataient en elles-mêmes fera place à l’ardeur, et leur sentiment de faiblesse cédera à une confiance croissante.

IV. Comment maintenir son but.

L’examen de conscience.

1. Ce bilan lucide et sincère de toute votre vie, dressez-le tout de suite, pour décider d’après votre passé ce que doit être votre avenir. que vous soyez en solde créditeur, ou au contraire en faillite et qu’il y ait lieu à liquidation, dans les deux cas vous gagnerez immensément à faire la clarté sur votre situation, à vous rendre compte de ce que vous avez fait et de ce qu’il vous reste à faire.

Mais si cette enquête est à ce point profitable, pourquoi ne pas vous en assurer le bénéfice à intervalles réguliers ? Une maison de commerce ordonnée procède à l’inventaire de ses marchandises, à la vérification de ses comptes, une ou deux fois l’an. Suivez cet exemple : les conditions du succès sont partout les mêmes.

Grâce à cette méthode vous ne pourrez plus perdre de vue pendant longtemps votre but : vous constaterez régulièrement si vous stationnez ou rétrogradez, si vous avancez normalement ou d’un pas trop lent.

Vous ne vous éterniserez pas dans un « hors-d’œuvre », dans un intermède, vous risquerez moins de gaspiller longtemps votre application et vos forces. Vous apprécierez si les procédés essayés par vous au jour le jour fournissent ou non un rendement satisfaisant. Vous vous préserverez à la fois de l’inconstance et de la nonchalance.

Un exemple d’examen de conscience.

2. Voici, comme exemple, une question pratique : « avez-vous de l’énergie, de la force d’action ? » Vous devez vous la poser et vous examiner à fond. Si vous pouvez répondre « oui », ce sera un encouragement ; si vous devez répondre « non », vous aurez du moins vu clair en vous.

Prenons dans nos dossiers quelques réponses négatives :

1) « non, je n’ai pas d’énergie. Je suis froid, incapable d’enthousiasme et de larges sympathies. »

2) « j’ai quelque énergie, mais seulement lorsqu’il s’agit de suivre les sentiers battus.

Je laisse les autres penser pour moi. J’obéis, parce que je n’ai jamais eu la force de diriger. je suis essentiellement un « subordonné ».

3) « oui, j’ai de l’énergie, mais seulement pendant de courtes périodes. Je suis comme un feu de paille je pétille et flambe d’enthousiasme, puis, tout s’éteint. »

On peut fonder plus d’espoir sur des hommes qui ont appris ainsi à se connaître pourvu qu’ils ne laissent pas inutilisée cette science de soi — que sur ceux qui n’ont jamais eu le courage de s’analyser consciencieusement.

Se lamenter sur ses défauts et ne rien faire pour les corriger est funeste. Le courage que nécessite un examen de conscience, c est de « tout voir sans crainte ».

Ayons ensuite celui de mettre en ordre notre « maison mentale ». Achevons la tâche entreprise.

Questionnaire pour l’examen de conscience.

3. (1) êtes-vous satisfait de votre santé physique ? et de votre intelligence ? et de votre caractère ? non. Alors que faites-vous pour les améliorer ? la connaissance de vos faiblesses suscite-t-elle en vous l’énergie d’y porter remède ?

(2) n’avez-vous jamais comparé vos qualités à celles des personnes dont vous avez pu parfois envier les succès individuels, sociaux ou commerciaux ? si oui, quels profits avez-vous tirés de cette comparaison ?

(3) quelles ont été les périodes de votre vie les plus heureuses, celles où vous avez remporté le plus de succès ? les attribuez-vous à votre bonne santé, à certaines dispositions mentales ou aux deux ensembles ?

(4) pourriez-vous vous replacer dans ces mêmes dispositions, de façon à obtenir des résultats semblables ?

(5) si vous n’avez traversé aucune période de ce genre, est-ce votre faute ? ou pouvez-vous en faire retomber la responsabilité sur d’autres ?

(6) certains moments de la journée conviennent mieux que d’autres à cette sorte de méditation qui conduit aux actions fécondes. Avez-vous trouvé l’heure qui vous convient le mieux personnellement ? L’utilisez-vous bien ?

(7) faites une liste de vos bonnes qualités et de celles qui vous semblent moins louables. Pour en juger avec impartialité, demandez-vous quelles sont celles qui vous ont aidé à réussir et que vous seriez fier d’avouer ?

(8) quel but vous proposez-vous d’atteindre plus tard ? quel est celui que vous poursuivez maintenant ?

(9) quels moyens avez-vous décidé d’employer pour l’atteindre ?

(10) êtes-vous absorbé dans votre travail au point de n’avoir aucun autre intérêt ?

(11) vous donnez-vous tout entier à votre travail ou vous contentez-vous d’en faire juste assez pour satisfaire votre employeur ?

(12) avez-vous analysé votre travail pour déterminer quelles possibilités vous en pouvez tirer ?

(13) avez-vous essayé de déterminer les caractéristiques et les qualités de ceux qui vous ont surpassé et les raisons de leur avancement ?

(14) cédez-vous à la tendance de noter et de critiquer les défauts des autres plutôt que de remarquer et d’apprécier leurs qualités ?

(15) ne vous êtes-vous pas déjà aperçu que, pour réussir en quoi que ce soit, il faut travailler avec ardeur et persévérance ?

(16) recherchez-vous ou fuyez-vous la responsabilité ?

(17) comprenez-vous comment la responsabilité qui vous incombe contribue à développer l’esprit et à former le caractère ?

(18) lavater a dit : « Il y a trois classes d’hommes : ceux qui rétrogradent, ceux qui restent stationnaires, et ceux qui progressent. » à laquelle croyez-vous appartenir ?

(19) après avoir quitté l’école, avez-vous continué à vous cultiver méthodiquement, ou avez-vous laissé de côté les connaissances acquises ?

(20) avez-vous jamais entrepris un travail par amour pour les autres et sans rémunération ? Combien de temps êtes-vous resté sans faire une action vraiment bonne et généreuse ?

(21) avez-vous pris la résolution de chercher de nouvelles idées, ou vous êtes-vous contenté d’accepter celles des autres, bénissant ces derniers de vous épargner la peine de penser ?

(22) êtes-vous d’une sensibilité et d’une réserve exagérées ? ne perdez-vous pas ainsi un grand nombre des avantages de la vie ?

(23) gaspillez-vous votre énergie à imaginer des malheurs imprévus et les moyens de les prévenir ; ou à livrer des batailles imaginaires à vos prétendus ennemis ? Vous laissez-vous aller à des pensées pessimistes et néfastes ?

(24) si ce questionnaire vous a déprimé, n’est-ce point parce qu’il a souligné vos faiblesses ? N’est-ce pas cependant une cause d’espoir, puisque vous pouvez commencer sur-le-champ à les corriger ?

Nous attachons une grande importance à ces questions d’examen de conscience, parce qu’elles vous permettront d’organiser vos énergies. Ne négligez aucune question. Ne dites pas qu’elles sont faites pour les autres et non pour vous. Si vous n’avancez pas dans la vie, c est probablement que vous manquez de méthode ; le questionnaire que nous vous proposons vous permettra de vous en rendre compte.

En somme, si nous ne pouvons pas tout obtenir de nous-mêmes, nous pouvons obtenir beaucoup. Mais notre pouvoir est fondé sur notre connaissance des lois de la nature et de nous-mêmes.

La science sans la bonne volonté et la bonne volonté sans la science sont également impuissantes. On ne peut dominer la nature et se dominer soi-même que si l’on obéit aux lois naturelles et aux lois psychologiques.

Une discipline qui s’en inspire. Le but du pelmanisme c’est de mettre ces lois à la portée des Étudiants et d’accroître ainsi le « rendement « de leurs efforts.

Son effet sur l’emploi du temps.

4. La conséquence immédiate de chaque examen de conscience doit être un meilleur arrangement de notre temps. L’organisation de notre activité sera révisée, remaniée, en chacune de ces circonstances. À quoi bon préciser où nous en sommes dans la poursuite de nos buts, si cette connaissance n’est pas pour nous l’occasion de maintes réformes ?

Telle tendance doit, dans notre intérêt, être renforcée : contraignons-nous à y consacrer davantage de notre temps. Telle autre est reconnue comme risquée ou funeste : veillons à l’exclure de notre vie.

Notre tactique vis-à-vis de nous-mêmes doit ainsi s’assouplir, se modifier périodiquement selon nos besoins permanents et notre état passager. A ce prix, notre discipline sera non pas routine, mais instrument de progrès.

Fréquence de l’examen de conscience.

L’examen de conscience, qu’il faut ainsi reprendre périodiquement, sera plus ou moins fréquent selon les besoins de l’étudiant. Êtes-vous inconstant, étourdi, négligent ?

Astreignez-vous très souvent à cette épreuve, une fois par semaine, ou même chaque soir. Êtes-vous timoré, scrupuleux à l’excès, sans confiance en vous-même ?

Risquez-vous que l’examen vous déprime ? ne procédez à ce bilan qu’à des intervalles très espacés, quatre fois l’an, par exemple. En moyenne, l’expérience nous a montré qu’un bilan trimestriel est salutaire â la plupart des gens.

Le dédoublement de soi-même qu’implique l’examen de conscience, exceptionnel chez ceux qui se laissent emporter par la vie, est une obsession chronique, accablante et douloureuse, chez certaines personnes.

Ce serait une erreur que de supprimer chez ces dernières toutes analyses. Seulement, elles doivent se contraindre à ne pas s’y livrer constamment et à respecter rigoureusement la fréquence qu’elles ont adoptée.

Ce qui importe surtout, c’est de ne jamais s’analyser pendant qu’on agit ou qu’on parle en présence des autres.

La timidité.

6. C’est le moment de dire un mot des fâcheux résultats de la timidité. en voici un exemple :

On vous demande, à l’issue d’un dîner, de prononcer quelques paroles. Vous n’avez pas l’habitude de parler en public et, au lieu de penser à ce que vous devez dire, vous vous sentez comme impressionné et comme paralysé.

Braqués sur vous, les yeux de vos auditeurs vous hypnotisent. Vous désirez produire une bonne impression et, afin de juger de votre succès, vous vous croyez obligé de vous écouter parler.

À un certain moment, les deux activités, parler et écouter, ne s’accommodent pas très bien l’une de l’autre ; vous écoutez trop, vous perdez le fil de vos idées, et finalement vous vous arrêtez net.

On saisit ici sur le vif les inconvénients d’un dédoublement intempestif de la personnalité. Si vous aviez pu vous oublier et ne penser qu’au sujet de votre allocution, si vous n’aviez pas prêté à vos propres paroles une oreille critique, vous vous seriez senti beaucoup plus éloquent.

La preuve en est que certaines personnes, fort timides de leur naturel, prononcent parfois des discours émouvants : c’est qu’elles sont suprêmement désireuses de faire triompher une cause qui leur est chère et que ce désir annihile leur habituelle timidité.

Leur moi est submergé par leur ferveur, leur passion du moment.

La timidité est parfois accidentelle : un homme généralement doué d’une belle assu-rance peut se sentir par hasard péniblement embarrassé lorsqu’on l’invite à brûle-pourpoint à prendre la parole devant un nombreux auditoire.

Mais beaucoup sont timides et réservés de nature. Ils sont enclins à vivre trop en eux-mêmes, et comme ils sont d’une extrême sensibilité, le tohu-bohu journalier, les plaisanteries et les railleries, les heurts multiples de l’existence sociale les effarouchent ; bref, ils évitent tout ce qui pourrait troubler leur paix intérieure.

Il faut qu’ils sachent que leur attitude n’est pas exempte de vanité ; que ce n’est pas la peur seule qui les fait reculer devant toute action publique. Or, une saine compréhension de la vie exige qu’un homme sorte de sa réserve, sans quoi il devient si timide qu’il n’a plus le courage nécessaire pour arriver ; ses progrès se ralentissent et il devient, de la part des autres, objet de pitié.

Le meilleur moyen de parvenir à se dominer, c’est de se créer un intérêt, de former des projets et de travailler à les réaliser. Si, en outre, vous vous donnez quelques diver-tissements, vous guérirez, si aigu que soit le mal.

Pour aider l’intérêt à accomplir son œuvre bienfaisante, les timides s’efforceront de suivre les quelques conseils pratiques que nous allons leur donner ; s’ils s’y conforment fidèlement, ils sentiront leur confiance en eux-mêmes s’accroître rapidement et surmonteront les obstacles dont ils s’exagéraient l’importance :

1° adopter l’attitude corporelle qui correspond à l’état d’âme d’un homme maître de lui et sûr du succès. Prendre une démarche ferme, un regard et un ton assurés. ralentir ses mouvements et le débit de ses paroles. Dans toute attitude physique, il y a déjà la prédisposition à un état psychique correspondant ;

2° éviter de se rappeler les défaillances passées ;

3° ne plus considérer les risques d’insuccès d’un acte qui a été décidé ;

4° sérier les difficultés après les avoir analysées. Les aborder progressivement, du simple au complexe ;

5° ne pas se laisser démonter par un premier insuccès, mais s’y reprendre autant de fois qu’il est nécessaire pour réussir ;

6° ne jamais se demander : que va-t-on penser de moi ? ne jamais s’épier soi-même quand on parle ou quand on agit. Concentrer son, esprit sur le sujet dont on doit s’occuper.

V. Application à la

Culture de la mémoire,  l‘oubli.

1. Le retour sur vous-même que nous vous invitons à faire est nécessaire pour vous rendre compte de l’état de chacune de vos facultés. Voyez, par exemple, où en est votre mémoire, dont les lois vous ont été indiquées dans la Leçon I et dont nous vous avons parlé tout à l’heure.

L’oubli, irritant et coûteux dans toutes les sphères de la vie, l’est particulièrement dans celle des affaires. Vous manquez un rendez-vous, vous oubliez de montrer certaines marchandises à un client, et vous perdez un marché considérable. Voici une page de l’emploi du temps mal étudié de M. Leroux :

Lundi, 7 juillet 1919

Directeur des ventes, 10 heures.

Affaire durand.

Fournitures de papier.

Déjeuner, dubois • noir, 13 heures.

Entrevue, 14 h. 30, leblond.

 » 15 h. 30, lebrun, saint-denis.

Le prix d’un oubli.

2. Vous remarquerez que m. leroux avait un rendez-vous à 14 h. 30 et un autre, à quelque distance, à 15 h. 30.

Ce dernier était le plus important du jour ; mais m. Leroux s’absorba si bien dans sa conversation avec m. leblond, qu’il n’y pensa pas avant 15 h. 15.

Il dut alors interrompre brusquement son entretien avec m. Leblond, ce dont ce dernier fut médiocrement satisfait, et arriva chez M. Lebrun avec dix minutes de retard.

Il n’eut pas le temps de faire valoir tous ses arguments et n’obtint pas la commande espérée. Chaque minute perdue lui coûta exactement deux mille francs.

De semblables oublis sont fréquents, qu’il s’agisse d’hommes ayant de la mémoire ou d’hommes n’en ayant pas. La mauvaise mémoire oublie totalement, la bonne mémoire oublie passagèrement, par suite d’incidents imprévus.

Ne vous sentez-vous pas exposé à des mésaventures analogues ?

Notez bien que, pour vous rappeler un fait au moment voulu, vous avez besoin de quelque chose de plus qu’une bonne mémoire : il vous faut exercer systématiquement votre puissance d’attention.

Si, par exemple, m. Leroux avait eu une montre sur lui avec l’intention bien arrêtée de s’en servir, il n’aurait pas prolongé son entrevue avec m. leblond ; il aurait eu un œil sur sa montre, sans que son interlocuteur le sût.

Les degrés de la mémoire.

3. Personne n’est absolument dépourvu de mémoire. cette faculté est faible chez des milliers d’individus ; elle est bien développée chez un grand nombre ; elle est rarement excellente ou parfaite.

Un employé peut avoir une mauvaise mémoire dans l’ensemble, une mémoire passable pour la besogne qu’il accomplit quotidiennement, et, comme nous l’avons fait remarquer plus haut, une excellente mémoire pour tout ce qui touche au football.

Dans ce cours, nous nous adressons aux personnes qui ne réussissent pas â se rappeler les choses dont elles voudraient se souvenir.

Il y a bien des détails dans la vie qui sont d’une trop grande banalité pour qu’on se donne la peine de les enregistrer.

Ainsi, un homme nous dit : « si vous me demandez ce que j’ai mangé à déjeuner il y a dix jours, je dois vous avouer que je l’ai complètement oublié, car, en soi, la chose était sans importance. Je déjeune tous les jours, et mon appétit n’est pas capricieux ; mes déjeuners ne me produisent donc que de faibles impressions.

Mais, si vous me demandez quand j’ai goûté de la venaison pour la première fois, je puis vous le dire sans hésiter et vous donner tous les détails que vous voudrez sur le repas, bien que cela me soit arrivé il y a plus de vingt ans. Je puis vous nommer les personnes qui étaient à table, avec moi, et vous raconter les propos qui y furent tenus. « Si je me rappelle ce repas, c’est évidemment parce qu’il diffère de ceux auxquels j’étais accoutumé. J’oublie le déjeuner ordinaire, parce qu’il est ordinaire, et je me souviens du déjeuner unique, parce qu’il est unique. »

La mémoire et l’événement « unique ».

4. En fait, l’homme qui travaille, quelle que soit sa profession, voit journellement passer devant lui une foule de détails : certains le frappent particulièrement et il voudrait bien pouvoir se les rappeler instantanément au moment voulu. cela lui serait facile s’il avait une bonne mémoire. mais ce n’est pas toujours le cas.

Un jour, par exemple, il lie conversation dans le train avec un inconnu. Au cours de l’entretien, il découvre qu’ils ont des intérêts communs et pourraient utilement collaborer.

Malheureusement, ce n’est qu’au dernier moment, dans la hâte de l’arrivée, que le voyageur lui donne de vive voix son nom et son adresse « Alfred Nicart ; 108, rue des Bons-Enfants, Bordeaux ».

Il essaye de se rappeler ces indications et, sur le moment, croit bien les posséder.

Mais, en sortant de la gare, il lui faut assister à un conseil d’administration et, pendant la séance, l’impression faiblit.

Nicart devient Vicart, le numéro se brouille et le nom de la rue s’efface pour jamais. Il ne reste dans l’esprit du malheureux homme d’affaires qu’un souvenir précis, mais bien insuffisant, c’est que le voyageur inconnu demeure à Bordeaux.

Quel dommage qu’il n’ait pas écrit le nom et l’adresse ! il les aurait certainement retenus, car sa mémoire visuelle est meilleure que sa mémoire auditive. Or, s’il avait eu l’oreille éduquée systématiquement, il lui aurait suffi d’entendre l’adresse une fois et de l’imposer à son attention, pour la retenir correctement, jusqu’à ce qu’il pût l’écrire sur une feuille de papier.

PAS DE DÉFAILLANCES !

Donc, faites avec soin nos exercices : ils développeront en vous à la fois la mémoire de la vue et celle de l’ouïe.

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