À L’ÉTUDIANT :

Notre précédente leçon a distingué avec rigueur le cours spontané de nos idées, ordre fortuit et personnel, de la pensée réfléchie, ordre méthodique, voulu, valant pour les choses comme pour nous.

Le cours naturel de nos états conscients, qui s’appelle mémoire quand il répète simplement le passé, prend le nom d’imagination quand il transforme les souvenirs.

Napoléon a dit : « l’imagination gouverne le monde. » il est bon de ne pas l’ignorer, mais il est bien plus important encore de savoir que votre imagination gouverne votre vie.

Certains vous diront : « ce sont les romanciers, les poètes, qui vivent d’imagination.

Moi, je ne m’intéresse qu’à la réalité. »

Ceux-là se trompent. Nous ne voyons le réel qu’à travers notre imagination. l’intérêt que nous trouvons dans les choses, c’est notre imagination qui le leur prête, tantôt à tort, tantôt à juste titre.

D’où viennent, dans la vie, la plupart de nos échecs ? de ce que nous nous faisons illusion sur les gens et les choses : nous les jugeons comme nous voudrions qu’ils fussent plutôt que comme ils sont réellement.

Est-ce à dire que l’imagination soit toujours source d’erreur ? non pas.

C’est grâce à elle que le savant, par ses hypothèses, pressent la réalité avant de l’atteindre par des moyens précis.

C’est grâce à elle que l’homme d’affaires échafaude une combinaison commerciale ou prépare un coup de bourse.

C’est grâce à elle que chacun de nous s’assigne un but et conçoit les moyens d’y parvenir.

Mais voici le point capital : pour que cette capacité d’illusion se transforme en auxiliaire précieuse, il faut qu’elle se pénètre de pensée raisonnable.

Comment ?

Nous allons vous l’exposer.

Le système pelman pour l’éducation scientifique de l’esprit et la culture de la

Mémoire.

LEÇON VII

I. L’imagination et ses éléments

Qu’est-ce que l’imagination ?

1. C’est la plus précieuse de toutes les fonctions mentales et la plus personnelle. elle est l’antithèse de l’habitude et de la routine ; elle assure à l’esprit sa vie et son renouvellement. grâce à elle, nous nous adaptons aux changements incessants des circonstances. C’est elle qui nous permet de découvrir les relations entre les choses et de pénétrer ainsi l’inconnu. Sans elle, rien ne change, rien ne s’édifie, soit dans le monde, soit en nous.

Encore faut-il s’entendre sur ce que nous appelons imagination.

Ne croyez pas qu’elle se réduise à la capacité de se représenter vivement les choses ou les actions. Cette vision ou audition intérieure porte un nom spécial : l’imagerie.

L’imagerie joue un rôle considérable dans l’œuvre imaginative, mais elle n’est pas l’imagination. Analysons donc les éléments de l’acte imaginatif :

A) l’imagination exprime notre personnalité.

2. Mieux que n’importe quelle fonction, elle traduit le fond même de notre être. voici une expérience très simple qui peut vous en convaincre.

Sur une feuille de papier, versez une grosse goutte d’encre ; écrasez-la soit en pliant la feuille, soit en la recouvrant d’un autre papier. La goutte écrasée formera une ou plusieurs silhouettes dont vous devrez donner une interprétation.

Or, devant la même tache, chacun verra quelque chose de différent : un paysage, une foule, un animal bizarre, un seul objet ou plusieurs, etc… Considérée d’autres biais, elle pourra prendre encore d’autres significations.

Les nombreuses expériences qu’a faites avec cette épreuve le psychologue suisse

Rorschach démontrent combien l’imagination dépend de la richesse et de l’originalité de notre personnalité, quelles variétés inouïes elle comporte selon les individus et selon que leur esprit s’enrichit ou s’appauvrit.

B) l’imagination exige un effort

3. Comparez l’application requise pour la solution d’un problème, l’édification d’un plan d’action, la confection d’un livre, au vagabondage de la pensée dans la rêverie, où l’on passe d’un sujet à un autre, en simple spectateur du déroulement involontaire de contention d’esprit, une mobilisation de notre énergie qui sont absentes dans le deuxième.

Mais pour que se produise l’effort personnel, il faut une condition primordiale : l’intérêt. L’esprit ne met en jeu ses ressources que sollicité par une curiosité et mû par un désir.

c) L’imagination naît de l’intérêt.

4. L’imagination se manifeste dès l’enfance ; elle grandit dans la salle de classe et la cour de récréation ; elle se développe rapidement pendant l’adolescence, s’épanouit à l’époque de la jeunesse, devient plus sobre avec l’âge mûr, mais jamais ne cesse d’être active. elle ne s’arrête que si nous n’éprouvons aucune sorte d’intérêt.

C’est ici l’occasion de vous rappeler l’enseignement de la leçon ii : que la vie n’a de sens pour nous que grâce à la stimulation produite par intérêt.

Remarquez que dans l’ordre des sujets auxquels vous vous intéressez, vous ne manquez pas d’imagination, et que réciproquement les sujets pour lesquels vous manifestez de l’imagination sont ceux auxquels vous portez un intérêt.

Voyez ce jeune homme et cette jeune fille, tous deux médiocrement imaginatifs :

Cependant, l’un ne se lasse pas plus d’imaginer des prouesses sportives, que l’autre d’imaginer des combinaisons de toilette, et tous deux se plaisent aux romans, littérature d’« imagination », parce que c’est « de leur âge ».

L’âge mûr, au contraire, se flatte volontiers de ne plus se bercer d’illusions. À vrai dire, d’autres hantises ont remplacé les anciennes : tel qui ne lit plus – les trois mousquetaires – dévore la cote de la bourse et l’imagination ne joue pas un moindre rôle dans sa vie après cette substitution, bien au contraire.

Tant qu’il y a de la vie, dit-on, il y a de l’espoir. Oui, et par conséquent de l’imagination.

Celui qui croit pouvoir — et devoir —se passer de l’imagination, c’est l’homme que les événements ont déçu. Il a, dit-on, « perdu ses illusions ». certes, la lourde main des circonstances s’appesantit parfois sur nous si cruellement qu’elle étouffe nos espoirs et nos désirs d’entreprises, et que nous subissons l’existence sans chercher à l’améliorer. mais le désespoir complet est exceptionnel. d’ordinaire, une « illusion »

Succède à une autre illusion. 11 dépend de vous, sachez-le bien, que vos pensées se réalisent et ne soient pas de pures illusions.

D) pour être féconde, l’imagination requiert un but.

5. Qu’il s’agisse de recherche scientifique, rédaction d’un livre ou tout simplement élaboration d’une opinion ; qu’il s’agisse de la composition d’un poème, ou de la recherche d’un meilleur procédé industriel, publicitaire ou commercial, toujours l’imagination doit être tendue vers quelque chose de bien déterminé.

C’est d’ailleurs l’unique moyen de ne pas tomber dans la rêverie stérile. Non pas que toute imagination doive aboutir à un résultat immédiat.

Des années se passent souvent avant qu’un travail patient soit couronné de succès.

Mais l’aspiration à la réussite doit nous animer dès le début de l’effort imaginatif. Plus ardent sera l’enthousiasme, plus puissants, plus rapides seront les résultats.

L’imagination suscite en effet son objet ; elle le suscite mentalement, mais il faut le voir ainsi pour être capable, ensuite, de le réaliser.

Le besoin de « vision ».

6. Ce fut vraiment un sage, celui qui dit : « où il n’y a pas vision, le peuple périt ». Sans idéal, sans ardeur pour réaliser cet idéal, une nation n’est qu’un troupeau, voué à devenir la proie de ses voisins.

Avec un idéal, avec une foi robuste en cet idéal, un peuple, même faible et persécuté, est indestructible.

Israël, depuis les origines bibliques jusqu’à la ruine de Jérusalem, a vécu de sa « vision », malgré les démentis cruels que lui infligeaient les événements.

Les croisades, la révolution française sont au même titre des œuvres de « foi », de cette foi qui « transporte les montagnes » parce qu’elle rend la « vision » plus précise.

Ce qui est vrai pour un peuple l’est aussi pour l’individu. L’homme d’action est celui qui « marche à son étoile ». sa marche est d’autant plus sûre qu’il a plus nette la « vision » du rôle à jouer.

La bonne et la mauvaise vision

7. Il ne suffit pas que la vision soit forte ; elle doit être compatible avec la réalité, autrement dit réalisable.

La bonne vision, c’est l’imagination orientée dans le sens du réel, apte à le prévoir, à l’interpréter, à l’ordonner ; elle rend l’homme maître de son destin, sauf dans la mesure où peuvent survenir des événements implacables.

La mauvaise vision, c’est l’extravagance du fou, l’exaltation du « visionnaire », qui raisonne en dehors de la réalité.

Nos dents », mais l’homme est devenu apte à voler dans les airs, quoique la nature ne l’y destinât point.

Napoléon, dont nous citions au début une phrase célèbre, imagina une façon de concilier l’héritage de l’ancien régime et les conquêtes de l’esprit révolutionnaire : par le Code Civil et la centralisation administrative, comme par des campagnes foudroyantes, il incorpora dans les faits ce produit de sa pensée : l’Empire.

Vous pouvez vous-même imaginer un grand avenir financier, et commencer à travailler pour le réaliser, si telle est votre tournure d’esprit ; ou vous pouvez évoquer une vie qui serait faite d’avancements sûrs et progressifs ; mais il vous faut une « vision » si vous voulez obtenir de vos capacités, le maximum de puissance.

Votre but ne provoquera de votre part des efforts persévérants et méthodiques que si vous en avez une vision constante et nette. On peut agir mollement avec de la volonté, avec de la décision, si l’on n’a qu’une notion floue, imprécise, du but vers lequel on tend. mais on ne doute guère de soi, quand on considère clairement ce but.

E) l’imagination s’oppose à l’habitude et à la routine.

8. L’habitude répète le passé et dépend de la mémoire, tandis que l’imagination façonne l’avenir en utilisant tant la mémoire que l’observation présente.

Ainsi, l’imagination apparaît comme une fonction autrement vivante que l’habitude et d’une souplesse supérieure.

Sans doute, vous trouverez un éloge de l’habitude et l’exposé de sa technique dans la leçon 11.

On compromettrait lamentablement sa vie si l’on se privait des habitudes acquises et si l’on évitait d’en contracter de nouvelles.

Marcher, manger, s’habiller, observer dans la rue, s’adonner à l’activité professionnelle, etc., voilà autant d’habitudes complexes, obtenues par de patients efforts et que l’on garde précieusement.

Servons-nous des habitudes comme d’aides, de collaboratrices, dont le travail remplace notre effort personnel et lui permet de se tourner, libre, vers des occupations supérieures. Mais prenez garde !

N’oubliez pas que les habitudes, si précieuses soient-elles, ne valent que pour libérer l’esprit : une fois libre, il doit agir.

Hélas ! la majorité des humains passent leur jeunesse à acquérir des habitudes professionnelles ou autres, et ensuite ne demandent plus rien à leur esprit. Ils se laissent vivre en automates ; et bien qu’on les voie souvent se livrer à une activité dévorante, leur esprit languit dans la paresse.

Ainsi, leurs horizons mentaux et même ceux de leur activité professionnelle se rétrécissent de plus en plus ; ces gens se laissent devancer par ceux qui cherchent sans cesse à se développer.

Fermés à tout ce qui est nouveau, ils perdent l’aptitude aux plaisirs d’ordre supérieur.

Jamais satisfaits, ils poursuivent toujours des distractions nouvelles, des excitations plus fortes, afin de s’évader du cercle étroit, ennuyeux et triste qu’est devenue leur propre personnalité.

Combien différents sont ceux qui trouvent le bonheur en eux-mêmes, dans le développement continuel de leur personnalité, dans la découverte incessante de ses possibilités toujours nouvelles et dans leur application à la réalité !

Ils sont des preuves vivantes de ce que vaut une riche imagination.

F) L’imagination est la fonction la plus précieuse.

9. Non pas seulement parce qu’elle nous permet de trouver quelque chose par nous-mêmes, bien que ce soit déjà la source de joies solides et délicates ; mais parce que l’imagination est un élément de vie pour la pensée, la condition essentielle de son activité normale.

De même qu’un muscle qui ne s’exerce pas s’atrophie, un esprit qui s’abstient d’effort personnel continu et systématique se rouille, s’appauvrit et finit par devenir incapable de création.

Or, quoi de plus important que l’aptitude créatrice dans toutes les manifestations de l’activité humaine ?

L’imagination, même abstraction faite des résultats immédiats qu’elle nous apporte et la joie de vivre à laquelle elle contribue, a un prix inestimable comme moteur de notre activité.

Tout le monde a quelque imagination.

10. Certes, nous sommes tous inégalement doués d’imagination. cependant, même si vous vous en reconnaissez très peu, ne croyez pas que vous en manquiez tout à fait.

Endormi, vous rêvez ; donc vous imaginez. Éveillé, vous jugez des gens et des choses à travers vos habitudes mentales, vos expériences antérieures ; donc vous imaginez.

Si vous je donne à corriger une page d’imprimerie, il est non pas vraisemblable, mais certain que vous ne découvrirez pas toutes les fautes en une lecture, ni même en deux : la raison en est que vous croyez voir ce qui devrait être imprimé, au lieu de lire exactement ce qui est sous vos yeux ; donc vous imaginez.

On a souvent remarqué que l’enfant se crée une vie imaginaire. Petit jacques, étendu sur le plancher, avance avec l’attitude et les mouvements d’un poisson. les gestes ne sont peut-être pas très précis, mais qu’importe ?

Dans le berceau, il y a vonvon, la petite sœur, qui fait de son mieux pour avoir l’air très effrayée, car le berceau est censé être un navire, que jacques va atteindre à la nage.

« Qu’est-ce que tu es maintenant ? » demande la mère de Jacques, qui n’ignore pas que, quelques minutes auparavant, son fils était une « monstrueuse tortue ». Il répond : « je suis un énorme requin », et il se meut le long du navire, tandis que Vonvon jette à l’eau un appât, en l’espèce une bobine de fil.

Jacques, tel un requin, se retourne sur le dos pour l’avaler, mais à ce moment il se met à tousser. Vonvon pousse des cris de terreur à l’approche du terrible poisson, comme c’est son devoir de passagère en danger, mais elle ne peut s’empêcher de faire remarquer que « les requins ne toussent pas ». Véridique remarque, dont se vexe le garçonnet-requin.

Ne vous dites pas : ce sont là des enfantillages. Comme la fillette qui voit dans sa poupée l’héroïne d’un conte, comme le gamin qui promène son cheval ou son bateau parmi des aventures merveilleuses, chacun de nous a sa chimère, ou tout au moins sa « marotte ».

La danse, les jeux de hasard ont remplacé les jeux enfantins ; le bridge, le théâtre ou le cinéma, la littérature ou les beaux-arts occupent vos loisirs, mais c’est toujours du jeu.

Et, quand vous peinez pour l’avenir de vos descendants, quand vous économisez pour vous construire un jour une maison, quand, certes, vous ne jouez pas, mais travaillez durement, c’est encore soutenu par une ambition dont vous imaginez la réussite que vous avez du cœur à la besogne.

les images, anciennes perceptions.

11. N’ allez pas croire, en pensant à l’exemple de jacques et de vonvon, ou aux rêveurs que vous connaissez, que votre imagination est une activité étrangère à ce que nous voyons et faisons et que les imaginatifs vivent dans un autre monde que celui où nous les voyons : « dans la lune », par exemple.

Ne vous y trompez pas. Tous les éléments de leur monde imaginaire ont été empruntés à la réalité. Rien ne se fait avec rien. La combinaison vient des esprits, mais les matériaux combinés sortent de l’expérience commune.

En d’autres termes, il y a de la fantaisie dans le groupement des images, mais les images sont des résidus d’anciennes perceptions cueillies dans le monde extérieur. Le stock de ces images emmagasiné dans la mémoire de chacun de nous, c’est « l’imagerie ».

D’où la nécessité d’observer. Plus vous observerez, plus votre imagerie sera riche.

Il n’est pas inutile de le remarquer, car d’ordinaire les imaginatifs observent peu : ils préfèrent rêver. Par là ils n’obtiennent qu’une imagerie floue, inconsistante, non seulement inutile, mais décevante dans les conditions normales de la vie.

Voyez et pensez la réalité concrète au lieu de ruminer de vagues désirs ou sentiments.

« L’imagerie mentale ».

12. L’imagerie mentale fournit donc des matériaux à l’imagination, matériaux reproduisant la réalité et le plus souvent encore s’y substituant.

Ainsi un poète, au fur et à mesure qu’il décrit un paysage, se le représente en images vivantes ; un auteur, en esquissant les traits d’un personnage, le voit et l’entend comme s’il était devant lui.

Remarquons qu’il ne s’agit pas seulement d’évoquer des souvenirs, car bien souvent le personnage ou la situation, tels que l’auteur les décrit, n’ont jamais été vus par lui ; c’est la puissance de son imagination qui lui permet de décrire des « visions ».

Mais ne confondons pas imagerie et imagination. L’imagerie ne fait pas « trouver » ; elle fait voir « comment cela est ». il en est ainsi non seulement dans les arts, mais dans n’importe quelle sorte de création ; car on a toujours besoin de se représenter sa conception avant de la réaliser.

L’imagerie nous rend service d’une autre façon encore : les images vives et suggestives que nous évoquons nous servent d’images-forces pour atteindre le but que nous avons conçu. Elles déclenchent les activités qui nous procureront l’objet visé.

Cette activité impliquée dans l’image est la condition même de l’intelligence.

Considérons les rapports qui existent entre l’imagerie et la compréhension. Une compréhension abstraite et théorique n’est jamais complète.

Si vous expliquez à quelqu’un la topographie d’un endroit, il faut qu’il se la représente, et alors, au lieu de dire : « je comprends », il dira : « je vois ». I1 « comprendrait »

Mieux si vous le conduisiez à l’endroit même ; faute de cela, l’imagerie remplace la perception réelle.

Votre interlocuteur ne comprendra le fonctionnement d’un mécanisme compliqué qu’au moment où il se le représentera, où il « verra » dans un agencement nouveau les éléments qui lui sont déjà familiers.

Rien ne nous fait aussi aisément comprendre une idée ou une thèse que l’événement qui la met en action, fût-ce une anecdote ou une pièce de théâtre. On voit alors l’idée dans ses conditions et dans ses conséquences.

« par exemple, rien de plus banal que l’idée de la mort ; elle semble familière à chacun ; cependant, on n’en saisit vraiment le sens qu’au moment où l’on perd quelqu’un qui nous est cher.

Ainsi, les enfants, les jeunes gens, les adultes même emploient des termes dont ils ne connaissent que la signification, verbale et qu’ils ne comprennent vraiment que lorsque la vie se charge de les leur illustrer.

Méfions-nous des grandes phrases vides et retentissantes ; prenons garde dans nos spéculations philosophiques, scientifiques, politiques ou autres, de nous éloigner trop de la réalité. La prise de contact avec elle, toujours salutaire, nous fait éviter erreurs et déboires.

Mais la réalité n’est pas toujours à notre portée, et c’est là que nous devons avoir recours à l’imagerie qui la remplace.

Images.

13. De même qu’un film est fait de photographies, l’imagerie se compose d’images.

On se représente souvent une image comme un objet concret : comme un de ces petits morceaux de carton coloriés que l’on trouve dans les tablettes de chocolat, ou la représentation mystique des personnages religieux, ou même encore une des blanches figures de plâtre que transportent les petits colporteurs italiens.

Mais les images auxquelles nous faisons allusion ici sont purement mentales. C‘ est ce qui subsiste en notre esprit après une sensation ; autrement dit, c’est le souvenir de la perception d’un objet.

Lorsqu’on vous demande, par exemple, si vous avez été au jardin d’acclimatation, ce qui apparaît instantanément dans votre esprit, c’est l’image-souvenir des bâtiments que vous y avez vus et des animaux qui vous ont le plus intéressé : la silhouette élancée de la girafe ou les contours massifs de quelque énorme éléphant.

Si vous n’y êtes jamais allé, vous ne pouvez évoquer aucune image ; et si vous en avez vu des photographies, votre pouvoir imaginatif ne va pas au-delà de ces productions.

Nous ne pouvons nous représenter que ce qui nous a été déjà présenté, c’est-à-dire perçu par nos sens.

Mais nous nous le représentons plus ou moins modifié.

Images et souvenirs.

14. Les images sont donc des souvenirs. la netteté de leur contour s’émousse, comme s’arrondissent les pierres roulées par un torrent. par là des images analogues, mais distinctes, tendent à se confondre.

Mon chien, par exemple, n’est pas pour moi la quantité de clichés différents qui ont empreint dans mes yeux mille de ses attitudes particulières : c’est une apparence générale simplifiée, mais caractéristique.

Et si j’appelle cette bête un chien, c’est que l’image en question coïncide, à fort peu de chose près, avec celles du bouledogue, du lévrier, du terre-neuve que j’ai pareillement superposées dans mes souvenirs.

Ces images, devenant ainsi plus générales que les souvenirs précis, sont plus maniables ; on les peut intégrer indifféremment dans maintes combinaisons, ainsi qu’on utilise un même caractère d’imprimerie à la confection de textes différents.

Les diverses sortes d’images.

15. Il y a autant de sortes d’images que nous possédons de sens, plus les images motrices :

(a) Images visuelles.

Ce sont des reproductions mentales de choses vues. Si nous vous disons : ‘ pouvez-vous voir mentalement votre maison natale ?’, vous l’évoquez aussitôt, ainsi que ses alentours. vous en avez la vision intérieure, pas si nette ni si vive que la réalité, mais assez fidèle pour avoir des traits définis, et présenter certains détails précis.

B) Images auditives.

Le souvenir des sons se présente à nous sous forme d’images. Demandez à un vieux parisien s’il a entendu chanter duc ou alvarez, il vous répondra probablement qu’il a eu ce plaisir, et il ajoutera sans doute : « je puis les entendre encore, si je pense à l’opéra ».

Ce qui veut dire que sa mémoire lui permet de les écouter à nouveau, et de reconstituer une expérience passée avec tant de précision qu’elle redevient presque actuelle. Il entend encore les airs qui furent chantés, les notes sonores et pures comme des sons de cloches, la merveilleuse ampleur de la voix, l’enthousiasme du public et les louanges des critiques.

C) Images de mouvement ou motrices.

Nous sympathisons à quelque degré avec les mouvements que nous voyons exécuter : notre œil se meut pour suivre les variations des formes, et certains de nos gestes dessinent schématiquement les choses dont nous parlons.

Notre habitude de ces mouvements est l’origine d’images motrices particulières ; et nous jugeons, par nos propres sensations motrices, de celles qu’éprouve une autre personne quand elle se meut.

Vous vous souvenez peut-être avec intensité d’une pièce de théâtre, telle que ‘ l’arlésienne’. Vous pouvez voir le visage, la taille et les attitudes de la fermière, mais ses mouvements peuvent aussi être reproduits comme sensations musculaires dans la partie correspondante de votre propre corps.

Dans certains cas, les images motrices sont plus fortes que les images visuelles ou auditives.

Pour comparer les unes aux autres, mettez en parallèle d’une part vos images motrices d’articulation vocale ou d’écriture, de l’autre les sons ou les mots écrits.

D) Images du toucher ou tactiles.

Actuelles à des images antérieures du toucher ; et celles-ci, s’ajoutant à celles de la vue, lui permettent d’estimer la qualité de l’article qu’il a à examiner.

Le toucher, en tant que sens cutané, est susceptible d’une éducation très complète, qui est toutefois en dehors de notre présent programme.

E) Images du goût ou gustatives.

On dit que le roi édouard vii se connaissait exceptionnellement en vins, et qu’il pouvait nommer, en les dégustant les yeux bandés, diverses variétés très rapprochées de bourgogne, de bordeaux ou de champagne. Il en était capable grâce aux vives images gustatives associées à ses expériences antérieures au sujet de ces vins.

La sûreté de goût du buveur de thé ou de café est basée sur des images associées de la même manière, quoique d’un ordre différent. Les dégustateurs professionnels de cognac et de fine champagne arrivent à une véritable virtuosité, grâce à ces associations d’images gustatives.

Images de l’odorat ou olfactives.

Les condiments, comme le poivre, la muscade, et les autres produits possédant une odeur définie, sont pour ainsi dire séparés dans le souvenir en petits sacs prêts à être identifiés, et l’homme qui peut les reconnaître possède une bonne mémoire olfactive, c’est-à-dire d’exactes images des odeurs. La plupart des femmes distinguent les moindres nuances des parfums.

L’imagination reproductrice.

16. Quoique susceptibles de s’isoler, ces diverses catégories d’images demeurent le plus souvent associées. l’amateur d’opéra, dont nous parlions tout à l’heure, au moment où il entend chanter en sa mémoire un célèbre baryton ou ténor d’autrefois, revoit la salle bondée, écoutant dans un silence religieux, puis applaudissant avec frénésie.

Il évoque également des images motrices, car il y a en lui des sensations qui répondent aux changements d’attitude du chanteur aussi bien qu’aux entrées et sorties des spectateurs.

Il se peut même qu’il retrouve une image olfactive, s’il se remémore la dame qui était assise à ses côtés, et dont il recevait des bouffées de musc, un parfum qu’il abhorre.

C’est ainsi qu’un acte de la mémoire, reproduit dans tous ses détails, peut exiger l’emploi de quatre sortes d’images sur les six dont nous avons parlé. C’est là ce que l’on appelle l’imagination reproductrice.

Images dominantes.

17. Selon les individus, tel ou tel genre d’images peut prédominer. si vous jouez admirablement aux échecs, il est probable que vos images dominantes sont visuelles.

Si vous êtes un musicien très sensitif, vos images auditives sont sans doute plus fortes que les autres.

Ce qui nous intéresse le plus ici, c’est le résultat pratique.

Si vos images auditives sont faibles, et si vous devez apprendre à parler une langue étrangère, pour un examen ou pour le commerce, il importe que vous développiez votre pouvoir auditif.

Les exercices contenus dans les leçons antérieures vous ont permis de le faire jusqu’à un certain point, et vous devrez saisir toutes les occasions d’enrichir votre mémoire des sons.

D’autre part, si vos images auditives sont bonnes, mais vos images visuelles vagues, et s’il vous faut jouer des morceaux de musique sans partition, vous devrez compléter les exercices visuels que nous vous avons déjà prescrits par d’autres, adaptés à vos besoins personnels.

En général, les images visuelles sont plus précises que les images auditives, mais pour que l’esprit puisse fonctionner synthétiquement et harmonieusement, il faut que ces deux groupes d’images se prêtent un mutuel concours.

Vous pourrez ainsi vous rappeler en les associant les formes par les sons et les sons par les formes. Remarquez que le langage implique à la fois sons et formes, puisqu’il s’écrit et s’entend ; il implique aussi des images motrices, puisqu’il se parle.

Imagerie et puissance mentale.

18. Dans la leçon iii, nous avons montré qu’on peut, en apprenant à percevoir, récolter une riche moisson d’images de toutes sortes ; il nous reste à prouver que la capacité de les reproduire et l’habitude de les exprimer contribuent au développement de la puissance mentale.

Supposons qu’un romancier veuille évoquer dans l’esprit de ses lecteurs l’image d’un avare accoutumé à tirer parti des choses jusqu’au bout. Il dira sans doute : ‘ g… ne remplaçait jamais la marche d’un escalier tant qu’elle ne cédait pas entièrement sous les pieds’. la phrase est nue et sans intérêt.

Par contre, remarquez comment balzac exprime cette idée dans eugénie grandet. La vieille servante, manon, vient de tomber dans l’escalier, qui a une marche cassée, et le père grandet de s’écrier : ‘ vous ne savez pas, vous autres, mettre le pied dans le coin, à l’endroit où elle est encore solide.’

À la scène, et, par surcroît, nous montrer l’âme de l’homme : son irrésistible besoin de ne rien perdre.

Une des qualités essentielles du romancier, c’est la puissance de l’imagination reproductrice ; il faut qu’il ait vécu une vie d’observation si complète que, lorsqu’il écrit sur les gens et les choses, il puisse les voir, les entendre, en recevoir des impressions par les sens, de toutes les manières possibles.

Par son art, il procure à ses lecteurs les mêmes impressions. C’est pourquoi quelques-uns des personnages de balzac sont aussi réels pour le lecteur que s’ils avaient effectivement vécu ; en vérité, le père grandet et la cousine bette sont plus ‘ existants’ pour certaines gens, que ne le sont des parents éloignés.

L’intelligence requiert sans cesse l’imagination.

19. Cette faculté, qui englobe et dépasse la mémoire puisqu’elle conserve les souvenirs, qu’elle les transforme, et, nous le comprendrons mieux tout à l’heure, qu’elle combine de façon nouvelle, c’est la base même de la vie spirituelle.

Pour tout travail, elle recueille les matériaux, car on ne fait du neuf qu’avec de l’ancien. De tout travail, c’est elle qui fournit l’idée : ce projet, cette intention, cet idéal à réaliser, sans lesquels on n’entreprendrait rien. elle apporte donc à notre activité son but et ses moyens. or, la réflexion sur notre but et les moyens d’y atteindre, c’est l’œuvre de l’intelligence.

Donc pas d’intelligence sans imagination ; ce qui ne veut pas dire, d’ailleurs les leçons suivantes le montreront, que l’intelligence se réduise à l’imagination.

II. Comment fonctionne l’imagination

Imagination et association.

1. Comment opère l’imagination ? qu’est-ce qui provoque la combinaison des images en de nouvelles conceptions ?

Il y a là un cas particulier de l’association des idées. La leçon vi a précisé que nous entendons par association, non pas l’ordre introduit entre les idées pour leur classement méthodique, mais la façon dont elles se suivent dans notre esprit, sans aucune intervention de notre volonté. (Voir les deux sortes de Principes de coordination.)

Or, ou bien nos idées, nos images, reviennent bout à bout, dans l’ordre où elles se succédèrent une première fois, et c’est la mémoire ou imagination reproductrice, simple répétition du passé ; ou bien elles reparaissent dans un enchaînement nouveau, différent de la succession première, et c’est l’imagination créatrice.

Dans le premier cas, règne « l’association » par contiguïté : ayant pensé naguère une certaine succession d’idées (par exemple la série de la « ville »), lorsque la première me reviendra les autres reparaîtront à sa suite.

Dans le second cas, règne « l’association » par ressemblance, ou, comme dit bain.

« L’attraction par la similitude » : les idées ou images s’évoquent non parce qu’elles se sont déjà rencontrées dans l’esprit, mais parce qu’il y a entre elles une similarité, une affinité.

Si je pense à la blancheur, l’image du papier blanc peut me suggérer celle de la neige blanche, puis celle d’un lis, quoique jamais auparavant je n’aie rapproché les trois images, papier-neige-lis.

Ce fonctionnement particulier de l’esprit, qui prédomine dans le rêve, dans la rêverie, est encore mécanique et spontané, mais créateur, car, grâce à lui, nous édifions avec des matériaux anciens des constructions nouvelles.

Le magnétisme des images et des idées.

2. Vous avez certainement dans votre vie une vocation, un passe-temps favori, un projet, quelque chose enfin pour quoi vous ressentez de l’enthousiasme. he bien ! ce sentiment de profond intérêt pour le but que vous chérissez, quel qu’il soit, agit comme un aimant ; vous le plongez continuellement dans les réserves de votre expérience, dont la mémoire a la garde, dans ce que Rabelais appelait « la gibecière de la mémoire », et il attire à lui tout ce qui lui est analogue, tout en prenant note de ce qui lui fait contraste.

Vous amenez également à son contact les nouvelles expériences de votre vie journalière, et la même attraction se produit. Il se peut que vous ne fassiez pas ces opérations consciemment ; le processus est souvent subconscient (Leçon XI).

Quoi qu’il en soit, l’essentiel est que vous obteniez de la sorte des aperçus nouveaux, en vous avisant de ressemblances jusqu’alors inaperçues entre des choses ou des idées que vous n’aviez encore jamais comparées.

Pendant que vous faites une promenade dans la campagne, que vous lisez un roman, ou causez avec un ami, il vous vient soudain une nouvelle idée, que vous aviez cherchée sérieusement quelque temps auparavant, mais sans succès ; le plus curieux, c’est qu’elle n’a aucun rapport apparent avec le cours de vos pensées au moment de son apparition.

Vous êtes content de l’avoir eue, mais son arrivée inopinée vous paraît mystérieuse ; vous vous demandez comment et pourquoi elle s’est introduite en intruse.

L’explication est pourtant simple : l’aimant, voilà la cause.

S’il vous était possible d’analyser vos pensées dans tous leurs rapports, vous vous apercevriez que les choses que vous avez vues ou entendues, juste avant l’arrivée de la nouvelle idée, ont fait surgir une image en votre esprit et que cette image, étant analogue à d’autres pour lesquelles vous nourrissez un réel enthousiasme, a été immédiatement happée par l’aimant.

Et l’action fut si rapide et si énergique que le choc des deux images les fusionna et que vous eûtes votre nouvelle idée. C’est avec raison que l’on compare l’idée subitement découverte à un éclair, qui illumine brusquement l’esprit.

C’est exactement ce qui arrive lorsque deux images entrent en collision et « électriquement », pour ainsi dire, se combinent pour former une nouvelle image.

Les quaternions d’Hamilton.

3. Un exemple mémorable est la conception des quaternions imaginée par sir w. r.

Hamilton pour calculer le quotient de deux vecteurs. « Demain sera le quinzième anniversaire de la découverte des quaternions. Ils apparurent dans la vie ou dans la lumière — complètement développés, le 16 octobre 1843, tandis que je me promenais avec Lady Hamilton du côté de Dublin, et comme nous arrivions au Pont Brougham.

C’est-à-dire qu’à ce moment et à cet endroit mêmes, je sentis le galvanique circuit de la pensée se fermer, et que les étincelles qui en jaillirent étaient les équations fondamentales entre I. J. K., exactement telles que je les ai employées depuis.

Je tirai aussitôt de ma poche un carnet, qui existe encore, et y écrivis quelques notes, lesquelles, je le sentis à ce moment-là, valaient la peine qu’on y consacrât le labeur de dix ou peut-être quinze années à venir.

Mais il est juste de dire que c’était parce que je sentais qu’à ce moment-là un problème qui m’avait hanté pendant au moins quinze ans venait d’être résolu et un besoin intellectuel satisfait. » (M. Gore : L’Art de faire des Découvertes, p. 365-6.)

Avez-vous un but magnétique ?

4. Il n’est pas nécessaire que le sujet de vos préoccupations soit les mathématiques et que la période d’incubation dure quinze ans. le sujet peut être votre profession, votre commerce, votre passe-temps favori ; et la période de réflexion préalable peut ne durer que quinze heures.

Le sujet et le temps sont ici hors de cause. Le facteur dont nous voulons signaler l’importance capitale, c’est la qualité de l’aimant.

Un homme qui n’est capable de trouver qu’un petit nombre d’idées relativement nouvelles devrait en chercher la raison. Il lui faudrait examiner la nature et la force de l’intérêt qui le pousse à l’action. Quand l’intérêt perd de son intensité, ou de sa lucidité, notre capacité d’invention s’amoindrit.

C’est pourquoi helvétius déclare, non sans paradoxe d’ailleurs : “L’homme est stupide dès qu’il cesse d’être passionné”.

Notre but est-il supplanté par un autre qui s’édifie furtivement dans le subconscient ?

Changer d’aimant n’est pas un défaut, à moins qu’on tombe dans ce travers, d’en changer trop souvent. Le mal, c’est de n’avoir pas d’aimant à changer, ou de laisser de l’énergie magnétique s’affaiblir et perdre ainsi son pouvoir d’attraction. Une fois de plus, vous êtes ramené à apprécier l’importance décisive de la Leçon II.

Comment se fait une invention.

5. Quand nos images sont reproduites, puis combinées de manière à former de nouvelles idées, notre imagination fonctionne comme instrument de construction, de création. Prenons deux exemples : le premier, une invention, et le deuxième, des fragments de poésies. En l’année 1859, un homme d’affaires américain, d’esprit réfléchi, Mr. E.T. Freedly, examinait quelques pages de calligraphie, ce qui l’amena à penser à l’encre et aux plumes. Soudain, il ne sut comment, une question se posa en son esprit : “pourquoi tremper la plume ? ne pourrait-on réunir l’encre et la plume dans un seul instrument ?” ici, nous voyons la combinaison de deux images : celles d’une plume et d’un encrier.

C’est l’origine du stylographe aux états-unis ; avant Freedly, on avait imaginé en France, au XVIIe siècle, de remplir d’encre de grosses plumes d’oie, et, en Espagne, D. Francisco de Paula Marti avait construit en 1803 une plume-réservoir en métal, véritable précurseur de nos stylographes modernes.

Dans les trois cas, le jeu des associations d’images et d’idées a été identique. Ces inventeurs ne juxtaposaient pas simplement deux images mentales, mais les combinaient pour en faire une conception entièrement nouvelle.

Si l’on ne parvient pas à faire ainsi de deux images un seul tout, on retarde le progrès de la science et le développement de la civilisation.

Tarde nous a rappelé qu’à Babylone les briques étaient marquées du nom de leur fabricant au moyen de caractères mobiles ou d’un cachet, et qu’à la même époque des écrivains peinaient pour écrire et copier des livres, ou ce qui en tenait lien.

Pourtant, la pensée de combiner les deux faits et de composer un livre à l’aide de caractères mobiles ne leur vint pas à l’esprit, quoiqu’elle fût bien simple ; elle aurait avancé de trois mille ans l’invention de l’imprimerie.

Ce cas est d’autant plus curieux, que les briques étaient justement ce sur quoi les babyloniens traçaient, à la main, leurs lettres “cunéiformes”. Ainsi, d’une part ils imprimaient des cachets sur la brique, et d’autre part, ils y burinaient des caractères ; toutefois ils ne réunirent pas ces deux techniques en une seule : écrire mécaniquement sur briques.

Imagination poétique.

6. Considérons maintenant les images dont se sert le poète. pour nous dépeindre “Booz endormi”, Victor Hugo dit : Sa barbe était d’argent comme un ruisseau d’avril.

Ici, deux images : la barbe de Booz et un ruisseau en avril à la fonte des neiges. Par leur combinaison inédite, le poète nous apprend que Booz est vieux et qu’il a une belle barbe blanche.

Traduit de cette manière précise, le vers perd beaucoup de sa beauté ; car la poésie s’adresse aux sentiments avant de parler à l’intelligence.

Cependant, un poème a lui-même son mécanisme et sa technique, et l’analyse nous montre la manière de combiner les images pour en former de nouvelles synthèses.

Dans le Runoïa de Leconte de Lisle, nous trouvons un autre exemple, qui est charmant :

Les filles aux yeux clairs plus doux que le matin.

Voici combinés : (a) des yeux de femmes, et (b) la douceur du matin.

La nouvelle conception n’est pas, naturellement, une réalité objective comme l’union visible de la plume et de l’encrier : c’est une pensée subjective.

Cependant, la combinaison des deux faits, des yeux de femme et le doux matin, en une conception spirituelle, est une opération semblable à celle qui est plus matérielle : la principale différence, c’est que le poète se meut sur un plan supérieur.

Alors que l’imagination scientifique se sert d’un symbolisme abstrait pour énoncer des rapports ( de nombre, position, mouvement, etc.), l’imagination poétique emploie des images concrètes pour exprimer des sentiments.

L’imagination dans les affaires et à la maison.

7. L’imagination ne trouve pas moins à s’exercer dans les affaires qu’en poésie ou dans la science. elle s’applique alors à des réalités concrètes — blé, caoutchouc, machines, etc. — et les traite selon des combinaisons nouvelles, mais ses lois fondamentales restent les mêmes.

Ce n’est pas seulement la manipulation des matières premières dans l’industrie qui exige toujours plus d’ingéniosité pour obtenir le meilleur rendement aux moindres frais ; c’est aussi bien le perfectionnement des méthodes commerciales ou l’utilisation des disponibilités, sans oublier l’organisation toujours perfectible de l’entreprise même, tant au point de vue travail qu’au point de vue personnel.

Chaque affaire, la plus humble comme la plus importante, présente ces divers aspects : fabrication ou stockage de matériaux, achat et vente, administration intérieure, gestion de capitaux ; or le travail, le négoce, l’industrie, la banque, ne prospèrent que moyennant une adaptation constante de leur organisation à des conditions nouvelles, donc au prix d’un constant effort d’imagination.

Le chef qui laisse “vivoter” sa maison sans améliorer de jour en jour son matériel, ses méthodes, son personnel, sera vite distancé par des concurrents plus ingénieux. La simple application à une entreprise existante de procédés mis en œuvre par ailleurs requiert des qualités de créateur.

Quelle que soit votre occupation, souvenez-vous que “nous vendons tous quelque chose”. L’avocat, le médecin vendent leurs conseils ; or, ces conseils ne valent que par leur ingéniosité à comprendre une situation et à y approprier une certaine tactique.

Mesurez la valeur de leurs avis éclairés à l’embarras, à l’impuissance dans lesquels vous resteriez le plus souvent, même ayant entre les mains un formulaire de thérapeutique ou un Code civil.

Rien ne remplace les qualités d’intelligence et de savoir-faire, proprement créatrices ; car comme jamais deux cas ne se trouvent identiques, il faut toujours quelque divination, quelque audace pour voir juste, pour agir à coup sûr au sujet de chacun d’eux.

Même le travail quotidien de la maîtresse de maison, qui semble tout matériel et routinier, ne s’accomplit de façon satisfaisante qu’avec de l’ingéniosité.

Le bon emploi du temps, la mise en ordre de toutes choses, l’esprit d’économie pour l’équilibre des ressources et des dépenses, la cuisine, l’entretien du linge et des vêtements, l’éducation des enfants : combien d’occasions où l’imagination et la diligence d’une femme accomplissent des prodiges !

L’utilisation agréable au goût des restes de plats non consommés la veille atteste le même effort d’invention que la vente ou l’exploitation des déchets industriels.

Les modalités de l’invention.

8. L’imagination s’étend donc aussi loin que l’usage de symboles ou d’images : partout où l’on se sert du concret pour faire saisir l’abstrait, en lui-même insaisissable.

Dans son effort pour combiner des images d’une manière frappante, afin d’impressionner vivement l’esprit du lecteur ou de l’auditeur, l’homme d’imagination remanie la réalité et la transforme en acceptant comme vrai un rapport qui n’a jamais été constaté.

En ce qui concerne l’imagination scientifique, l’hypothèse qu’elle met en œuvre se trouve justifiée si une plus exacte, une plus complète investigation de la réalité la confirme.

L’invention poétique par contre en prend à son aise avec la réalité ; elle peut la contredire expressément. L’humour, l’ironie sont des procédés littéraires qui utilisent le paradoxe pour exprimer de façon saisissante certaines vérités exemptes de banalité.

Chacun peut se divertir à forger des paradoxes en prenant le contrepied des principes logiques de coordination énumérés dans la leçon précédente.

On peut classer comme suit les licences que s’octroie l’imagination ; elles vont de l’improbable à l’impossible.

(a) action anormalement lente ou rapide. Exemple : la lampe magique d’aladin.

(b) les dimensions sont extrêmement augmentées ou diminuées.

Exemple : les lilliputiens et les brobdingagniens, dans “les voyages de gulliver”, par swift, auteur caractéristique de l’“humour” anglais.

© les êtres sont doués de propriétés qu’ils ne possèdent point.

Exemple : les dialogues entre animaux dans les fables de la fontaine.

(d) les “effets et les causes sont bouleversés.

Exemple : les étonnantes aventures du ‘ zadig’ de voltaire.

(e) l’union de composants incompatibles.

Le sphinx, qui a un corps de lion et une tête humaine.

(f) degré impossible.

Jupiter, de l’olympe grec, voyait ce qui se passait en italie.

Comment la ‘ vision’ crée des réalités nouvelles.

9. Mais l’imagination a mieux à faire qu’à composer des fictions invraisemblables, même si ces fictions cachent des allégories ou des vérités subtiles. il y a un emploi de l’imagination dans la vie journalière, où la transformation de la réalité est tout à fait normale et sans trace d’exagération.

En voici un exemple :

Un homme visite une nouvelle station balnéaire qu’on vient de ‘ lancer’. Deux hôtels y ont été construits.

L’un et l’autre laissent à désirer ; cependant, ils sont bondés. Il n’y a pas de champ de golf, ni de pelouses pour le tennis, mais une assez vaste étendue de terrain pourrait être achetée, tout près, et presque au bord de la mer.

L’imagination du visiteur commence à travailler. Comment accueillerait-on un nouvel hôtel offrant tout le confort moderne ? combien d’habitants aurait s… dans cinq ou dix ans ?

La possession du seul champ de golf et des pelouses pour le tennis ne favoriserait-elle pas l’essor du nouvel hôtel ? il analyse et évalue minutieusement les divers points du projet, et comme ses conclusions sont favorables, un syndicat est formé, l’hôtel est bâti, et le succès est atteint.

Que s’est-il passé ? l’imagination d’un commerçant avisé a découvert diverses possibilités et, par un agencement habile, en a composé une heureuse réalité.

Un esprit imaginatif procède ainsi en tous domaines. Tel l’éditeur qui espère vendre un nouveau livre de botanique, une nouvelle table des logarithmes, ou un exposé révisé du credo Futuriste.

Tel quiconque cherche à améliorer l’état de choses présent, quelle que soit sa profession.

La république de platon, l’oceana d’harrington, l’arcadie de bernardin de saint-

Pierre, l’abbaye de thélème dans ‘ gargantua’, le gouvernement de salente dans

‘ télémaque ’ sont des utopies créées par l’imagination.

Deux types d’imagination : analytique et synthétique.

10. Quel que soit le sujet auquel on l’applique, l’imagination procède selon l’une ou l’autre des façons suivantes :

1° elle décompose en ses éléments une perception ou un souvenir, afin de constater de quoi ils sont faits. C’est ce qu’accomplit l’homme d’affaires dont nous parlions tout à l’heure, en examinant la station balnéaire, et en s’avisant qu’elle manque de golf et de courts.

2 ůne idée imaginée, servant d’hypothèse ou de thème pour une recomposition des faits, l’esprit conçoit une utilisation meilleure des matériaux donnés. En l’espèce, l’organisateur assure la prospérité de la station en la dotant de ce qui lui manque : il la transforme sur un plan nouveau.

Ces deux opérations inverses, mais complémentaires, sont l’ analyse et la s ynthèse. On les présente d’ordinaire comme des méthodes de penser logiquement plutôt que comme des façons d’imaginer. À dire vrai, l’esprit — à la rigueur près — use des mêmes procédés, quand il opère spontanément et quand il réfléchit de manière systématique.

Vous vous méprendriez gravement, si vous estimiez que tout cela ne vous concerne pas. Tout le monde, et non pas seulement le savant ou l’artiste, mais l’homme d’affaires, l’employé, l’ouvrier, a besoin de penser.

Or, penser c’est analyser, c’est-à-dire décomposer les événements pour atteindre leurs causes, leurs éléments constitutifs ; ou bien faire des synthèses, c’est-à-dire recomposer le réel, soit pour s’assurer qu’on l’a bien compris, soit pour le modifier de façon originale, selon nos besoins, mais en obéissant aux lois de la nature.

Le secret de toute méthode consiste ainsi, pour parler comme descartes, à ‘ décomposer les difficultés pour les mieux résoudre (1)’.

Voici, par exemple, un problème tout pratique : traverser la place de la concorde à paris. L’étourdi se jette à travers l’esplanade où, en des sens très divers, s’entrecroisent les voitures.

Il en évite une pour risquer de se faire renverser par une autre, qu’il n’avait pas aperçue. Il ne passe des champs-elysées aux tuileries qu’au péril de sa vie.

Si l’on applique à ce cas la règle cartésienne du « bon sens » : on divisera les difficultés, c’est-à-dire qu’on fera le tour de la place en coupant successivement plusieurs voies, et chaque fois en s’occupant tour à tour des voitures ascendantes ou descendantes, dont chaque conducteur doit tenir sa droite.

On ne s’exposera de la sorte à aucun accident, et, quoique le chemin soit légèrement détourné, on arrivera au but plus sûrement et plus vite qu’en traversant étourdiment en droite ligne.

(1) les règles de descartes, dans le discours de la méthode, sont pour le sens commun pratique et terre à terre, comme pour le savant ou le logicien, l’énoncé le plus simple et le plus rigoureux de l’analyse et de la synthèse. On s’y reportera avec profit.

imagination et découverte.

11. Un grand marchand de thé fut très étonné lorsqu’il aperçut qu’en un certain rendre compte en visitant les deux quartiers : celui où le thé se vendait bien et celui où il ne se vendait pas.

D’où venait la mévente ? notre marchand mit en jeu son imagination qui procéda par l’analyse en examinant une à une les conditions qui avaient pu influencer la vente.

Il envisagea ainsi les points suivants :

1. Le thé, ou
2. La préparation, ou
3. L’eau, ou
4. Le prix, ou
5. La manière de le vendre, ou
6. La clientèle.

Le thé est le même dans les deux quartiers, le prix aussi. Ces deux points sont donc éliminés. les meilleurs vendeurs sont employés ; la clientèle est aisée dans les deux quartiers et les ordres n’augmentent pas. mais, en préparant le thé dans le quartier où la vente est mauvaise, on s’aperçoit qu’il n’a pas le même goût que dans les autres parties de la ville.

La cause est trouvée : l’eau de ce quartier ne vaut rien pour cette qualité de thé. Les échantillons d’eau des différents quartiers sont recueillis et, avec diverses qualités de thé, on réalise les mélanges les mieux appropriés à la variation locale de l’eau.

En résumé, l’analyse et la synthèse requièrent toutes deux l’intervention de l’imagination : la première pour concevoir quels peuvent bien être les éléments ou les causes du réel ; la seconde pour agencer ces facteurs selon une supposition (hypothèse), qui peut être fausse, mais qui peut aussi être vraie, et former une combinaison qui corresponde à la réalité.

La valeur créatrice de l’hypothèse.

12. Quand vous cherchez la solution d’un problème commercial ou professionnel, formez donc toujours une hypothèse ; il sera même bon d’en établir plusieurs et de faire l’épreuve de chacune d’elles. C’est le meilleur moyen d’arriver à la vérité.

C’est la méthode employée dans toute recherche scientifique.

Ceux qui ont lu la vie et les lettres de darwin se rappelleront que le grand naturaliste avait l’habitude d’imaginer une hypothèse pour chaque sujet. Il la construisait d’après le témoignage que l’observation et l’expérimentation lui fournissaient, et il l’utilisait dans son travail.

On trouve comme un soupir de soulagement dans cette déclaration : ‘ Ici, donc, j’obtins à la fin une théorie pour me guider.’

Être un ‘ théoricien’ est une aussi bonne règle pour le commerçant ou l’industriel que pour le savant.

Supposons que vos profits aillent en diminuant et que, malgré une inspection générale de vos affaires, vous n’en puissiez trouver la cause.

Que faire ? reprendre l’enquête, mais cette fois guidé par une hypothèse définie, telle que ‘ la publicité est mal faite’, ‘ la marchandise est défectueuse’, il y a du « coulage », “mon personnel est trop nombreux”, etc., etc., et partir de cette supposition pour examiner à fond toutes vos affaires.

Il importe d’avoir un critérium, parce qu’alors vous ne tâtonnez pas dans la nuit sans aboutir à rien.

Vous ne perdez pas votre peine, car, fussiez vous amené à constater, par exemple, que la publicité, fort bonne, n’est pour rien dans vos mécomptes, il y a des chances pour que vous découvriez, au cours de votre inspection, plus d’une lacune à combler et quelque cause de la diminution de vos profits.

Le génie de james Watt.

13. Dans l’évolution de la machine à vapeur, un important progrès est dû à james watt qui, par son ingéniosité, inventa le « régulateur à boules ». il s’agissait d’assurer l’ouverture et la fermeture d’une soupape, en correspondance avec l’augmentation ou la diminution de la vitesse de révolution d’une roue.

C’était un problème mécanique nouveau. Watt le résolut par analogie.

Il se demanda où se trouvait, dans la nature, une situation semblable, sinon identique, à celle qu’il avait devant lui.

Son attention fut attirée par l’action de la force centrifuge qui fait que deux corps qui tournent se séparent ou se rapprochent, selon que la vitesse de révolution est accélérée ou diminuée.

À propos de ce succès, le psychologue bain s’exprime ainsi : « dans l’histoire des inventions mécaniques, je ne connais aucun trait d’identification éloignée surpassant celle-ci en portée intellectuelle ; si un tel pouvoir de distinguer et de rapprocher les éléments semblables parmi les dissemblables était un fait fréquent, le progrès de la science serait incalculablement plus rapide » (les sens et l’intelligence).

Tirez profit de ces exemples.

14. Ce talent prestigieux, qu’on nomme génie, fait d’un homme un savant, un artiste, un ingénieur supérieur à l’immense majorité de leurs rivaux. il est le propre des esprits originaux.

Ceux-ci ne se contentent pas de suivre les chemins battus, ils tracent des pistes nouvelles, qui souvent deviennent vite de larges routes, rapides et droites, où l’humanité passe en foule. Honneur à ces initiateurs, pionniers du progrès.

Reconnaissez leurs mérites : ils ont trouvé des solutions fécondes, parce qu’ils ont su découvrir des difficultés, des problèmes jusqu’alors insoupçonnés ou mal compris.

Une question bien posée est à demi résolue.

Ils ont deviné l’analogie secrète, clef de l’énigme ; ils ont démontré que cette hypothèse rendait compte de la réalité, de toute la réalité, sans qu’aucune autre hypothèse n’eût pareille valeur explicative. Par suite, ils ont inventé les dispositifs pratiques par lesquels la découverte devient applicable à l’action.

« Savoir, c’est pouvoir. »

Sachez profiter de ces grands exemples, et n’en soyez pas humilié. Sans doute n’êtes-vous pas un edison, mais vous pouvez, dans vos affaires personnelles, apporter quelque chose des capacités d’un Edison.

Comparez votre entreprise à d’autres entreprises, même fort différentes : c’est ainsi qu’on obtient cette condition de l’originalité : penser par soi-même.

De même, le diagnostic du médecin n’est bien souvent qu’une hypothèse. Trouvant chez son malade un syndrome (ensemble de signes) morbide, il passe en revue toutes les maladies s’accompagnant d’un tel syndrome.

Par élimination, il met hors de cause un certain nombre de maladies qui, outre les signes constatés, en présentent d’autres absents dans le cas considéré. Finalement restent une ou deux maladies : il en fait l’objet de son « hypothèse ».

La capacité d’imaginer ainsi des hypothèses est le ressort même de l’esprit. Mais il faut savoir abandonner ses hypothèses quand l’expérience les dément.

C’est pourquoi newton déclarait : « je n’imagine pas d’hypothèses » — ce qui est faux, car qu’est-ce que la gravitation, sinon l’une des plus hardies, des plus puissantes hypothèses qu’ait émises la science ?

Les hypothèses préliminaires sont indispensables, mais il faut toujours user de critique envers elles et être prêt à en chercher d’autres si elles sont inopérantes ou ne concordent pas avec les faits.

L’emploi de l’analogie.

15. Comment s’avise-t-on d’une hypothèse féconde, comment arrive-t-on à concevoir l’idée qui permettra d’interpréter, de comprendre les faits ? c’est en découvrant une analogie entre le cas actuel et un cas déjà connu et compris.

Tout lecteur de livres scientifiques est frappé par la place importante accordée à l’analogie dans la conquête de la vérité. L’ordre qui existe dans le monde se manifeste par l’agencement similaire de diverses sortes de faits.

D’où la valeur de l’analogie, forme première et spontanée de l’hypothèse. Une ressemblance suscite le souvenir d’un cas antérieurement connu, qui était analogue, et sert à interpréter la circonstance présente.

16. Nous commencerons par exposer comment un mineur a su employer son imagination et son sens de l’analogie.

Hargreaves avait été, comme tant d’autres, chercheur d’or en californie. Il fut frappé par la ressemblance qu’offrait l’aspect de certains terrains australiens avec ceux qu’il avait vus dans le far-west. il réfléchit quelque temps, l’idée lui vint que ces terrains pouvaient, eux aussi, être aurifères, et il fit aussitôt quelques expériences pour vérifier son hypothèse.

Il découvrit l’existence de riches gisements et commença la grande exploitation de l’île-continent. C’est là un bon exemple de raisonnement par analogie : des conditions semblables promettent des résultats semblables.

Assurément, l’erreur est possible. De ce qu’un article se vend bien à paris vous ne pouvez conclure, avec une absolue certitude, que la vente en sera bonne à New-York, ou vice versa.

Plus d’un homme a perdu son argent pour s’être fié à des raisonnements de ce genre, basés sur une analogie superficielle. Il attribue son échec à la malchance ou au caprice du public. ni l’un ni l’autre n’en sont cause, mais bien le manque de réflexion profonde et précise.

La rectitude de la pensée est donc, comme nous l’avons si souvent dit, de la plus haute importance.

Pourtant, combien peu de gens, hommes ou femmes, comprennent que c’est la clef de la réussite dans la vie !

III. La culture de l’imagination

L’imagination peut être cultivée.

1. Qu’entend-on par cultiver l’imagination ? sans doute vise-t-on un affranchissement de l’esprit à l’égard des servitudes de la vie journalière.

Par exemple, ces gens qui suivent strictement, d’un bout de l’année à l’autre, une prosaïque routine, sans diversion aucune, éprouvent le besoin de secouer leur torpeur et de réveiller leur imagination.

On peut les aider, en leur montrant comment ils laissent échapper les occasions favorables : on déroulera devant eux le panorama de ce qu’ils manquèrent dans la vie, au double point de vue réel et idéal, en négligeant une importante fonction mentale.

« je croyais que l’imagination n’appartenait qu’aux poètes, écrit un de nos étudiants, mais je viens de comprendre que j’ai aussi de l’imagination, et c’est une agréable découverte. Évidemment, je le savais autrefois d’une manière vague, mais, maintenant, je viens d’en saisir la portée ».

A) Les obstacles à l’imagination

Parmi les facteurs qui entravent le libre jeu de l’imagination, considérons d’abord :

Les Obstacles d’Ordre Physique.

2. Une formule simple peut les résumer : tout excès, toute violation des lois de la nature stérilise l’imagination ou la pervertit.

Ainsi, quelqu’un abusant des plaisirs de la table verra très rapidement son imagination s’alourdir. Vous avez certes dû remarquer vous-même qu’après un repas trop copieux, vos efforts mentaux ne sont pas aisés.

Mais si trop manger nuit, il est également mauvais de pécher par excès contraire en s’imposant des restrictions alimentaires intempestives. Les pratiques ascétiques exigent des conditions de vie particulières, incompatibles avec notre activité quotidienne ; au lieu de fortifier notre esprit, elles risquent de lui porter une grave atteinte.

Vous éviterez les excès si vous retenez ce simple conseil : ne mangez, ne buvez, ne dormez, ne marchez, ne cherchez de distraction, etc., quea) Lorsque vraiment vous en ressentez le besoin, oub) Dans le cas où vous le jugez utile.

Ne vous livrez donc pas à ces actes simplement parce que « l’occasion s’y prête », ou pour imiter autrui, car vous habituez ainsi votre organisme à des satisfactions excessives qui deviennent bientôt d’impérieuses exigences, ruineuses pour la santé et l’efficience.

Les obstacles d’ordre moral.

3. Le savoir livresque, l’encombrement de la mémoire par des idées mal digérées, l’érudition verbale et sans critique ne sont pas de la pensée personnelle ; combien de gens très « cultivés » ne sauraient faire le moindre travail original !

Le respect exagéré des « autorités », voilà un autre ennemi de l’imagination. Il est souvent dû à un « manque de confiance » dans nos possibilités personnelles ; bien des gens se croient incapables de faire les choses dont s’occupent x… ou y…, hommes célèbres ; ils ne se rendent pas compte que x… ou y…, avant de devenir célèbres, semblaient n’être que des individus ordinaires et que, s’ils se sont imposés, c’est parce qu’ils ont eu confiance en eux-mêmes, utilisant toutes les ressources de leur esprit.

Mais les ennemis les plus terribles de l’imagination sont sans doute l’apathie et l’inertie ou paresse mentale.

Les apathiques, aussi indifférents à leur propre personne qu’à ce qui les entoure, ne feront jamais d’effort pour changer quoi que ce soit à l’ordre des choses.

Les paresseux (nous ne parlons ici que de la paresse mentale) sont capables de s’intéresser à bien des sujets ; souvent très intelligents et sensibles, ils ne sont pas sans éprouver des velléités d’activité personnelle.

Malheureusement, leurs bonnes intentions s’affaissent dès qu’il s’agit de fournir un effort, même modeste ; ces gens aiment mieux souffrir de leurs ambitions inassouvies, mener une vie incomplète et médiocre, que de se décider à quelque application de l’esprit.

Nombreux sont ceux qui cherchent la vie facile, qui voudraient arriver sans travailler, uniquement grâce à la chance ; qui, fidèles à leur principe de suivre la ligne de moindre résistance, ne font qu’imiter autrui.

Ils se croient parfois très malins, car ils profitent de ce que les autres ont acquis en peinant. Mais combien profonde est leur erreur ! en imitant les autres, ils perdent de plus en plus l’indépendance de leur pensée et finissent par devenir esclaves de ceux dont ils croyaient si astucieusement exploiter les efforts.

Artistes ; savants, ouvriers, hommes d’affaires, chefs ou employés, sauvegardez la liberté de votre pensée, secouez votre apathie et votre paresse ! n’imitez les autres que pour rendre plus efficace votre effort personnel.

B) La qualité à développer : l’originalité.

4. Quoiqu’on puisse être original sans imagination, cette faculté est plus que toute autre créatrice d’originalité. autant on souhaite, en général, d’être personnel, autant on souhaite de paraître original.

Mais il faudrait s’entendre sur l’originalité qui est souhaitable, car sans doute ne désirez-vous pas vous singulariser par simple bizarrerie.

Dans la vie courante, un « original » est souvent un raté, un fruit sec. Grisé par la vanité de ses facultés inventives, il a trop négligé ce que renferme d’habituel et de modeste, mais aussi de moral et de fécond le travail qui se répète. il a eu le tort de croire que le mieux se manifeste par l’excentrique, l’insolite.

Rappelez-vous ce principe pelmaniste : visons le meilleur, ou l’excellent ; — mais non pas le nouveau comme tel, à moins qu’on ne s’occupe de certaines activités qui en vivent : la mode, par exemple, ou la publicité.

La recherche du nouveau pour lui-même aboutit souvent à de l’anarchie, à de l’impuissance. Il n’y a en effet de discipline que dans une certaine uniformité des efforts.

Quelques exemples vont le prouver.

Il fut un temps — vers 1900 — où la marine militaire française construisait « une flotte d’échantillons ». Par souci de toujours mieux faire aux points de vue vitesse, ou blindage, ou armement, chaque nouveau navire différait des autres par des particularités très marquées.

Résultat : manque d’homogénéité, impossibilité de faire manœuvrer ensemble ces unités disparates. La production en « standards » ne doit pas être indéfinie, mais elle a sa raison d’être.

Chose curieuse et symptomatique chez un peuple épris de recherche et d’individualité : vingt-cinq ans plus tard, un reproche analogue fut adressé à la flotte aérienne de notre pays.

Effectivement, ce n’est pas chez nous que la production en série a été le plus vite appréciée, ni organisée. Nos commerçants, nos industriels qui veulent échapper au reproche de routine tombent aisément dans l’excès contraire, une poursuite incessante de petites innovations.

Mais gare au fétichisme de la nouveauté ! il y a un fond d’organisation, de principes, qui ne doit être modifié qu’avec prudence.

Chaque changement doit témoigner d’un progrès réel et non pas seulement de nouveauté.

Ceux qui commencent une entreprise feront bien de se renseigner sur les méthodes et les procédés de leurs concurrents et de n’innover qu’à bon escient. Il est sage de laisser aux firmes fermement établies les expériences aventureuses et dispendieuses.

La véritable originalité consiste à posséder, s’il s’agit d’un homme, des principes en accord avec sa pensée, sa nature : que chacune de nos actions reflète bien ce que nous sommes ; — s’il s’agit d’un groupe, des traditions qui traduiront bien son âme propre — s’il s’agit d’un art ou d’un travail, un style.

Être original, c’est rester fidèle à soi-même à travers les recherches que l’on entreprend pour mieux faire.

Ces précautions une fois prises, nous vous engageons à tout considérer de votre point de vue personnel, en rejetant les opinions toutes faites.

Un esprit original ne se complaît pas à l’insolite, mais il pense par lui-même, fût-ce pour reconnaître vrai ce que beaucoup d’autres ont reconnu tel. Il donne un cachet personnel aux idées les plus vieilles.

Essayez de critiquer les préjugés qui entravent la liberté de votre jugement ; fuyez le banal, le vulgaire ; bannissez la routine ; ayez confiance en votre habileté pratique comme en votre pensée : même si vous ne réussissez pas aussitôt, sachez bien que vous deviendrez maître en vous exerçant.

Osez être vous-même ; vous ne deviendriez gauche et maladroit que si vous craigniez de le paraître. Mais rassurez-vous : rien n’est aussi répandu que le bon sens ; il n’y a aucune raison pour que vous en manquiez, si vous usez de notre méthode.

Ne pensez pas non plus : « tout est dit et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes, et qui pensent » (la bruyère).

Sur de vieux matériaux, sur des idées anciennes, vous pouvez faire des découvertes tout à fait inédites. La matière n’importe pas autant que la manière.

Si vous vivez de façon personnelle des expériences banales, vous pouvez y trouver de l’inattendu. Votre esprit peut rénover bien des entreprises stériles.

Au lieu de vous effacer, de vous fuir vous-même, faites que rien ne vaille pour vous que par vous ; mêlez hardiment votre personnalité, pourvu qu’elle se montre ingénieuse et active, à toutes vos occupations.

Faites vous-même votre réussite.

Moyens de cultiver l’originalité.

5. D’une manière générale, pour arriver à l’originalité véritable, il importe de veiller particulièrement aux trois points suivants :

1 ° se défier de tout acte vers lequel on se sent poussé par une impulsion irréfléchie.

2 ° se tenir en garde contre les influences extérieures, que l’on subit trop souvent sans même s’en rendre compte, au plus grand détriment de la personnalité.

3 ° vérifier si l’on ne s’abandonne pas aveuglément à des habitudes provenant de l’éducation ou même de l’hérédité. Combien croient penser par eux-mêmes qui vivent exclusivement sur les idées reçues dans le milieu où ils ont été élevés, voire sur de simples apports ataviques !

Ces impulsions irraisonnées, ces influences étrangères qu’on subit à son insu, ces idées toutes faites qu’on s’est inculquées à la légère, voilà les plus grands obstacles à l’originalité vraie.

Toutefois, il est des circonstances où le fait de prétendre penser par soi-même serait pure présomption. Par exemple, la jeunesse inexpérimentée se montre bien imprudente si elle fait fi de l’expérience de l’âge mûr : un jeune homme pourra donc, et même devra, sans pour cela diminuer en rien sa personnalité, tenir compte de l’avis des gens mieux informés ; de même tout homme doit recourir aux compétences éprouvées pour se faire une opinion sur les sujets dont il n’est qu’insuffisamment instruit.

4 ° viser au “mieux” plutôt qu’à l’intérêt personnel.

Est-ce l’intérêt, est-ce le désintéressement qui se trouve le plus favorable à l’innovation ou aux découvertes ?

Notre leçon ii a montré dans l’intérêt le ressort de l’activité mentale. Personne ne saurait douter que l’espoir de faire fortune, ou d’acquérir de la réputation, ou de simplifier un travail ne suscite bien des efforts.

En un certain sens, toute recherche est donc intéressée. L’aiguillon de la nécessité rend ingénieux.

C’est en un autre sens que l’on proclame souvent l’opportunité du désintéressement dans la découverte.

On veut dire que la recherche doit être poursuivie, au moins par les purs savants, sinon par les ingénieurs, sans qu’ils soient obsédés par l’urgence des applications pratiques.

On veut dire aussi que la haute culture beaucoup moins utilitaire que la technique, et qui ne fait guère “vivre” son homme, favorise les découvertes de vaste portée. Edison a pu être un praticien soucieux d’aboutir ; einstein un théoricien exempt de tout souci relatif aux conséquences de ses réflexions.

Mais il faudrait avoir la vue singulièrement courte pour juger plus utile à l’humanité le praticien même de génie, que le mathématicien dont l’ampleur de pensée féconde d’innombrables disciplines. Des études qui semblent sans application concrète peuvent, un jour ou l’autre, se révéler très riches en conséquence utilisables.

Souhaitons donc que malgré leur utilitarisme, salutaire d’ailleurs, nos sociétés gardent une phalange toujours mieux outillée de chercheurs passionnés pour le vrai ou pour le mieux, mais assez désintéressés pour entreprendre des travaux dont la portée immédiate ne s’aperçoit pas encore.

À leur façon aussi, une maison de commerce, un individu sont bien inspirés, la première en se pourvoyant d’un office de statistique dont la valeur n’apparaîtra que plus tard, le second en accroissant ses connaissances dans les à-côté de sa profession ou dans un ordre extra-professionnel.

5 ° se chercher de nouvelles possibilités.

Ce qu’il faut chercher, ce n’est pas tant du “nouveau”, que de nouvelles possibilités à découvrir en soi-même ou dans les choses, mais toujours en relation aussi étroite que possible avec notre tâche essentielle et normale. Une méthode plus adéquate à notre travail, un outillage plus conforme à nos fins, une activité nouvelle pour mettre en œuvre certains de nos moyens : voilà des innovations qui ne risquent pas d’être oiseuses ou stériles.

En d’autres termes, essayons de trouver des rapports insoupçonnés entre nous et les circonstances extérieures. Le chimiste qui persuade un usinier de traiter par une production nouvelle certains matériaux résiduels jusque-là inemployés ou soldés à bas pris ; le négociant qui annexe à son activité une autre activité complémentaire ou compensatoire ; l’individu qui consacre, fût-ce à un passe-temps, telle capacité jusqu’alors par lui laissée en friche : ces gens augmentent leur maîtrise ou la puissance de leur firme.

Le nouveau auquel nous devons utilement viser, c’est celui qui se trouve comme préformé dans notre personnalité.

Il en va de même, ici encore, que pour une maison de commerce, de laquelle on attend des produits d’un certain style, et qui en effet n’invente avec succès que dans un certain ordre de formes ou de modèles, comme si, même en innovant, elle se conformait à quelque tradition. Tel le cas des grands couturiers.

Excellence et “profit”.

6. Ayez donc à cœur de développer vos capacités. ne cherchez à gagner de l’argent qu’en atteignant à l’excellence.

Dans la majorité des cas, l’homme qui fait les plus gros bénéfices ne cherche pas, d’abord et surtout, à gagner de l’argent : il vise à l’excellence. C’est cette excellence, née de son enthousiasme pour ses affaires, qui le place en tête de ses concurrents, car elle lui permet d’offrir au public des produits supérieurs.

Des milliers d’employés, anxieux d’augmenter leurs revenus, vont de place en place à la chasse d’émoluments supérieurs, mais sans penser à valoir davantage. Rien de plus déraisonnable que cette attitude, rien de plus démoralisant que leur succès, quand ils réussissent… mais ils ne réussissent pas longtemps. l’échec les guette assez rapidement.

Avant de quémander une “autre place”, de solliciter une “nouvelle situation”, qu’ils accroissent donc leur compétence technique, qu’ils augmentent leur aptitude au travail ; qu’ils développent leurs capacités : la réussite les récompensera ; une valeur plus grande assure des émoluments plus élevés. Mais ils mettent la charrue avant les bœufs et accusent le sort de leurs insuccès.

C) les attitudes à prendre.

1) la confiance en soi.

7. L’imagination, comme toute autre faculté, se développe par l’exercice, par l’apprentissage, par l’instruction générale. Il dépend de vous d’apprendre à vous en servir. Vous regardez quelqu’un qui passe à bicyclette ou qui joue au tennis : mais vous pouvez faire comme eux en vous y exerçant. si vous ne le savez pas encore.

Pourquoi consentir à votre infériorité, puisque vous savez que par entraînement vous pourrez obtenir un résultat semblable ?

Pourquoi vous juger incapable de faire ce que font tant d’autres dans le grand sport de la vie ?

Vous êtes-vous demandé d’où provient votre crainte d’être incapable d’imagination ?

Voici : lorsque vous voyez quelqu’un exceller à quelque chose et que vous vous sentez amoindri et déprimé, vous oubliez que :

1 ° Celui qui vous dépasse dans tel domaine peut être nul dans tel autre où, par contre, vous excellez ;

2 ° Vous ne le voyez qu’à certains moments de sa vie, tandis que vous êtes à toute heure avec vous-même ; par conséquent, il a l’avantage de ne vous montrer que ses qualités, non ses défauts.

Ayez confiance en vous-même. Osez penser sous votre propre responsabilité, sans craindre trop de vous tromper.

Remettez-vous en — non à l’autorité d’autrui — mais à la netteté de vos raisonnements et au verdict de l’expérience. Vous n’avez besoin de personne pour reconnaître si votre jugement est juste et s’accorde avec les choses.

Votre esprit n’est pas moins bon que celui de quiconque, si vous consentez à l’exercer.

Ayez la loyauté de chercher le faible, tout comme le fort, de vos arguments.

N’érigez pas vos hypothèses en vérités tant que l’expérience n’en a pas prouvé la légitimité. Si vous savez ainsi vous soumettre à la leçon des faits, vous avez le droit d’être audacieux dans vos conceptions.

2) Ayez l’esprit chercheur.

8. On pourrait diviser l’humanité en deux catégories : ceux qui cherchent, ceux qui ne cherchent pas. c’est grâce aux premiers que la civilisation se développe. les seconds sont des êtres moins évolués, qui ne connaissent ni la peine ni la joie de l’action personnelle.

Un certain goût de la recherche est naturel à l’homme : c’est la chasse avec toutes ses ingéniosités ; ce sont les voyages aux pays lointains et inconnus, les découvertes qui ont constitué notre patrimoine actuel. Or, point de recherche sans l’imagination.

Comment avoir un esprit chercheur ?

1 ° En tâchant de voir toute chose sous des aspects nouveaux et multiples. La leçon iii devra vous y avoir préparé, si vous avez adapté ses exercices d’observation à vos besoins, tant privés que professionnels.

2 ° En cherchant à faire toujours mieux au lieu de se borner à copier les autres.

3 ° En ne passant jamais à côté d’une chose sans s’intéresser à sa cause ou à son origine.

4 ° En sachant s’étonner de ce que l’on ne comprend pas. Or, combien de choses banales vous échappent dans leurs causes, dans leurs raisons ! La curiosité vous rendra plus ardent à la recherche.

5 ° En considérant la recherche comme la source d’un plaisir noble et salutaire (tant d’autres ne le sont pas !) ; en y voyant une de vos principales raisons d’être.

3) L’intérêt et l’enthousiasme.

9. S’intéresser aux choses et aux êtres en général, en bloc, ne suffit pas : il faut éprouver de l’intérêt pour un certain ordre de recherche ou de travail. certes, ce n’est pas assez de s’y intéresser pour y réussir, mais il suffit de s’y intéresser pour y acquérir quelque aptitude.

Caressez un idéal, le but de ces efforts ; pensez-y sans cesse, non en une obsession épuisante, mais avec l’intelligence en éveil et surtout avec ardeur. La partie subconsciente de vous-même — sur laquelle vous éclairera la Leçon XI — se mettra au service de vos desseins.

Il importe aussi de vous mettre dans un certain état d’esprit, prêt à accueillir les idées, les images qui concernent votre but. À la faveur de l’enthousiasme qui vous inspirera, les matériaux afflueront pour vos combinaisons futures.

On peut travailler même dans la souffrance, mais on invente, on imagine surtout dans l’effort libre et joyeux. Rappelez-vous comme vous avez eu le travail facile et fécond chaque fois que vous avez réussi. par lui-même, d’ailleurs, l’effort qui nous rapproche d’un certain but est source de joie.

Remplissez-vous donc le cœur autant que l’esprit de l’enthousiasme que suscite en vous un sujet. Aimez-le pour lui-même et non pas simplement pour le profit matériel qu’il peut vous procurer. alors les idées vous viendront en abondance, — et le bénéfice matériel par surcroît.

4) Le sentiment et la sympathie.

10. L’affinité qui existe entre le sentiment et l’imagination ne se manifeste pas simplement par l’attrait égoïste qu’exerce sur nous notre but. les grandes prouesses de l’invention poétique, scientifique, charitable supposent une intense sympathie tant pour la nature que pour l’humanité.

Nous sortons de nous-mêmes pour éprouver pendant quelque temps les sentiments des autres ; et c’est cet acte d’altruisme qui nous permet de comprendre ce qui, autrement, resterait pour nous livre fermé. Cette façon “de sortir de soi” est l’œuvre de l’imagination, et la force motrice est la sympathie.

Voilà le principal secret du talent et du génie.

Comment un poète écrit-il des poèmes débordants de musique verbale et de pensées frappantes ? à coups de logique, par la réflexion ? non.

Le sentiment règne d’abord en lui sous la forme de sympathie pour tout l’univers.

La nature, la beauté, la vie humaine, la souffrance, la douleur, la mort, tout cela trouve de vibrants échos dans sa sensibilité et, loin de se montrer indifférent ou hostile, le poète pénètre si profondément les êtres qu’il participe à leur vie.

“Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.” “les grandes pensées viennent du cœur.”

La sympathie dans les affaires.

11. Le commerçant n’a pas moins besoin de sympathie que le poète ; mais il l’emploie d’une manière différente pour un but différent.

Dans l’estimation purement intellectuelle des chances de vente d’une nouvelle tondeuse brevetée pour gazon (elle coupe l’herbe sans importuner par son bruit les habitants de la villa voisine), on peut facilement se tromper ; mais la sympathie donne une pénétration qui lui permet de juger la proposition sous ses divers aspects : les frais de fabrication, le prix de vente, l’efficacité de la machine, et, par-dessus tout, son attrait probable pour les acheteurs.

Grâce à la sympathie impliquée dans l’imagination, il se met à leur place et apprécie la tondeuse, si l’on peut dire, comme ils l’apprécieront.

5) Cherchez l’inspiration.

12. Ne croyez pas que l’inspiration soit l’apanage des seuls artistes, poètes, peintres, musiciens ; l’homme le plus pratique y doit recourir s’il veut comprendre ou créer.

L’inspiration, c’est un état dans lequel les idées nous viennent facilement ; état qui fut toujours éprouvé comme mystérieux, dans lequel on a cru saisir une intervention de l’au-delà.

Car on ne savait pas s’expliquer ces phénomènes étranges où l’homme, se sentant illuminé par une clarté intérieure, se trouvait soudain possesseur de connaissances nouvelles, de jugements originaux et de résolutions décisives.

On ignorait alors l’existence de la personnalité subconsciente ; on réduisait l’esprit individuel à la fraction infiniment petite que présentent sa conscience et sa mémoire.

Or, la leçon xi, comme nous vous l’avons annoncé déjà ci-dessus, vous introduira dans le vaste royaume du subconscient et vous montrera comment on en utilise l’incroyable richesse.

L’inspiration est une fonction naturelle, propre à l’esprit humain. L’étonnant est que si peu de gens s’en servent.

Sans doute, l’inspiration ne nous vient pas à chaque instant, ni sur commande. Même ceux qui en sont capables n’en jouissent pas toujours.

Pour apparaître, elle a besoin d’une atmosphère favorable. Elle exige une haute tension de l’esprit, et voilà pourquoi les esprits épuisés ou paresseux en ignorent le bienfait.

Privilège précieux entre tous, elle est inconnue de celui qui ne place son idéal que dans des satisfactions faciles ou grossières. Il faut la cultiver comme une fleur délicate, la protéger contre les intempéries. n’oubliez pas surtout que les bourrasques peuvent venir de vous-mêmes autant que du dehors.

Vous créerez l’ambiance qui lui est propice en recherchant les attitudes et les stimulants que nous vous recommandons dans ce chapitre.

Faites souvent appel aussi à l’inspiration : vous arriverez à la connaître et à distinguer les conditions intérieures et extérieures favorables à son apparition. Peu à peu vous acquerrez la plus brillante et la plus utile des aptitudes.

6) Il vous faut de la persévérance et du travail.

13. Mais ne croyez pas qu’il suffise de se mettre dans l’état d’inspiration pour trouver la solution de n’importe quel problème ; un long effort, patient, souvent renouvelé, polarisera seul votre esprit dans la direction voulue.

L’appel au subconscient n’est pas toujours décisif, si l’impulsion que lui donne votre désir ne suffit pas pour changer l’orientation de ce mécanisme complexe.

Il faut des impressions assez fortes pour approprier les vibrations du subconscient à la préparation de votre projet. Voilà pourquoi il est si facile de suivre ses tendances naturelles, car là on obéit à son subconscient.

Donc, cherchez à éprouver de l’ardeur (1) ; ne vous découragez pas si vous ne trouvez pas tout de suite ; répétez les efforts à diverses reprises pour mettre peu à peu en branle le lourd levier du subconscient.

D) Les stimulants de l’imagination.

1) L’observation.

14. Les personnes douées d’imagination trouvent une source d’inspirations dans la réalité qui les entoure. l’étudiant qui a vraiment compris la leçon iii, et qui en a pratiqué les exercices en les complétant par adaptation à ses besoins, aura déjà un riche fonds d’images mentales.

On ne devrait perdre aucune occasion, spécialement pendant les promenades à la campagne, d’enrichir ses connaissances, de façon à mettre au service de l’imagination les matériaux requis : images visuelles, sons, goûts, odeurs et sensations tactiles.

Si vous n’avez pas l’esprit d’observation assez développé pour acquérir un stock abondant et varié d’images, si votre vie intérieure ne vous laisse pas le souvenir de nombreuses expériences, vous ne pouvez disposer que d’une imagination pauvre et stérile.

Observez et lisez, lisez et observez.

Surtout n’oubliez pas de classer selon les principes de coordination logique ce que vous avez acquis de la sorte : vous le conserverez mieux, le retrouverez plus sûrement et serez outillé pour en tirer parti sans risque d’erreur et à bon escient.

(1) beaucoup nous objectent qu’ils n’ont d’intérêt pour rien. Nous leur rappelons le proverbe, que l’appétit vient en mangeant. si l’on persévère assez pour se familiariser avec une occupation, on finit par y trouver intérêt. mais ne vous demandez pas trop souvent ni trop anxieusement, si le travail vous passionne : il n’y aurait pas de plus sûr moyen d’empêcher l’adaptation nécessaire du sujet a sa tache.

2) L’expérimentation.

15. L’expérimentation consiste, dans les sciences, à instituer des expériences pour examiner si des données déjà acquises, convenablement agencées, n’expliqueraient pas des faits nouveaux, actuellement incompris.

Dans la vie pratique, l’expérimentation consiste à tenter des essais. Voyez les étalagistes étudier la présentation des articles dans les vitrines ; souvent un autre employé se tient dans la rue et fait rectifier la place, l’inclinaison d’un objet, la disposition des plis, des couleurs, des ensembles.

Pourquoi ces tâtonnements, sinon en vue d’un certain effet, afin de séduire, d’attirer la clientèle : il y faut de l’imagination en même temps que du goût ; on doit se représenter les impressions du public, se “mettre à sa place”.

Ne craignez pas de vous livrer, vous aussi, à des essais de ce genre dans votre profession ou votre métier. Mettez vos capacités à l’épreuve, arrangez et combinez souvent afin de découvrir non pas seulement du nouveau, mais du mieux.

Bien entendu, il s’agit surtout des détails, des points secondaires, car, nous l’avons déjà dit, il y a un fonds d’idées et de méthodes auquel il ne faut toucher qu’avec d’extrêmes précautions. Rien n’empêche d’ailleurs de les modifier sans cesse sur le papier, à titre d’exercice.

3) La documentation.

16. Pour travailler à coup sûr, l’imagination a besoin de bases fermes, c’est-à-dire de faits. vous possédez en premier lieu vos expériences personnelles (vos sensations, vos sentiments, vos idées) ; et c’est déjà là une richesse dont il ne dépend que de vous de faire un bon emploi.

Mais toute expérience personnelle est nécessairement limitée par le milieu, les circonstances.

Adjoignez-lui donc celle d’autrui, consignée dans les livres ou accessibles par la conversation, les cours et conférences, la t. S. f., etc. plus le champ de votre expérience s’étend, plus s’accroît le pouvoir de votre imagination.

Considérez la vie ambiante comme un vaste film dont l’inspection vous suggérera sans cesse des points de vue nouveaux, de même que la vue, au cinéma, de paysages polaires ou tropicaux suscite en vous des impressions plus directes qu’un récit de voyage. Mais si maintenant vous lisez ce récit, grâce à vos souvenirs visuels vous saurez évoquer les paysages que l’explorateur ne peut que suggérer avec des mots.

Ainsi la lecture et l’observation directe se prêtent un mutuel secours : à vous de découvrir dans l’existence quotidienne, même la plus banale, des occasions de stimuler votre imagination. Comprenez bien que la documentation, au sens large, se trouve non seulement dans les livres, mais dans la vie.

4) Les arts stimulent l’imagination.

17. L’imagination est une qualité indispensable aux artistes. ce sont avant tout des imaginatifs. aussi leurs œuvres fournissent-elles d’excellents stimulants à l’imagination.

Avis préjudiciel : détachez-vous de la réalité actuellement perçue, lorsque vous voulez imaginer ; car il vous faut voir autre chose que ce que vous présentent vos sens. Rien ne facilite autant cette tâche que la contemplation d’une œuvre d’art.

Un autre monde. Fermons alors les yeux et cherchons à “réaliser” ce que nous imaginons.

Des localisations trop précises dans le temps ou l’espace feraient obstacle à notre effort pour sentir, pour penser esthétiquement. S’agit-il d’admirer un beau paysage (en nature ou en peinture) ?

Peu vous importent les dimensions exactes du champ, sa situation géographique, sa structure géologique ; à la différence d’un objet d’utilité pratique, dont la valeur dépend de certains caractères bien précis, une œuvre d’art vise uniquement à provoquer le libre jeu de l’imagination. Devenons accessibles aux arts pour nous rendre aptes à l’imagination.

Il y a plus : les arts agissent sur le subconscient, ce générateur et nourricier de l’imagination. Une symphonie de beethoven évoque en nous une foule de souvenirs, de sentiments, qui, conservés dans les profondeurs du subconscient, trouvent alors une occasion de revivre.

Aux sons de certaines musique, les plus durs se sentent devenir bons, leurs âmes se remplissent de tendresse et de pitié ; les timides se voient animés d’un courage presque héroïque ; les faibles, d’une force surhumaine.

Voilà l’œuvre mystérieuse de l’art, qui secoue le tréfonds de notre personnalité et nous fait découvrir en nous-mêmes des “sentiments, des pensées, dont nous ne nous serions jamais crus capables.

Vivez donc un peu en artistes, cherchant le beau à côté de l’utile ; sachez envisager toute chose sous ce double aspect ; vous n’en réaliserez que mieux votre idéal pelmaniste, idéal d’activité ; car les sources les plus vives de notre action jaillissent du libre jeu de l’esprit et de la spontanéité de nos sentiments intimes.

Le rythme et l’imagination.

18. Rendez-vous compte de la façon dont les arts excitent l’imagination. c’est surtout par le rythme de la vie, rythme qui se communique aux sons, aux couleurs, à la littérature.

La poésie, la musique primitives s’accompagnaient de mimique, de danse et n’auraient pu être composées sans avoir été pour ainsi dire brodées sur la trame d’une cadence régulière.

Si vous avez besoin de faire appel à toutes vos capacités pour rédiger un rapport, pour passer un concours, pour attaquer un problème technique, mettez votre esprit en mouvement soit par de la marche, soit par l’audition d’une musique, même médiocre.

Il arrivera ceci, que vous vous approprierez un rythme, et que ce mouvement régulier fera plus aisément aboutir le travail dont vous êtes capable, mais qu’obstruent diverses difficultés. La mémoire sera plus docile, les idées viendront et s’agenceront mieux.

Vous bénéficierez d’un élan reçu du dehors, mais qui vous harmonisera du dedans.

Ne trouve-t-on pas quelquefois une solution cherchée ou des combinaisons aussi heureuses qu’inattendues, en soutenant sa réflexion par la contemplation d’un nuage qui se transforme, d’une tache d’encre qui se fragmente en silhouettes fantaisistes.

D’une arabesque capricieuse, mais simple dans sa complication ?

5) La nécessité, le meilleur des stimulants.

19. Un proverbe dit : ‘ la nécessité est la mère des inventions’. l’histoire de l’humanité le prouve.

C’est la nécessité qui enseigna aux premiers hommes à façonner des pierres, à découvrir le feu, à perfectionner leurs armes et leurs outils ; plus tard, les expériences des savants, des médecins, des ingénieurs ont toujours été suscitées par des besoins urgents : comprendre, guérir, construire, fabriquer.

Ceci vaut également pour l’individu ; c’est l’imagination excitée par la nécessité qui suggère une initiative rapide au moment du danger. Tel qui, ayant son existence assurée, se laissait vivre sans but, fait montre d’ingéniosité lorsque la fortune lui échappe.

L’histoire de Robinson Cruso illustre bien tout le pouvoir d’une imagination stimulée par la nécessité.

Ne craignez pas dans votre vie les moments pénibles et les situations difficiles.

Considérez-les comme autant de coups de fouet pour susciter et votre imagination et les forces qui sommeillaient en vous.

6) Les pires stimulants : les excitants artificiels.

20. Gardez-vous de suivre l’exemple de ceux qui cherchent l’inspiration dans un excitant factice : alcool, opium, ou simplement tabac, café, etc. Alfred de Musset obtenait des faveurs de ‘ la Muse Verte ’, mais il y épuisait plus qu’il n’y exaltait son génie.

À un certain degré de nervosisme, les drogues s’imposent avec tyrannie, mais il y a là le stigmate d’une déchéance, non un procédé de rendement. Les pires catastrophes guettent ceux qui, de la sorte, se sont voués au dérèglement.

Un esprit sain dans un corps sain : voilà l’idéal peut-être inaccessible, mais dont on ne s’écarte à dessein que pour sa perdition.

E) La discipline de l’imagination.

21. Il ne suffit pas de cultiver l’imagination : il faut souvent la réfréner, toujours la contrôler. les puissants inventeurs ne s’abandonnent nullement à leur fantaisie, comme font les simples rêveurs.

Le génie est une ‘ longue patience’, une sévère méthode imposée à de grandes facultés inventives. Si elle échappe à une rigoureuse surveillance, l’imagination n’est que ‘ la folle du logis’.

La culture mentale est soumise aux mêmes conditions que la culture tout court :

Labourer le sol, arracher les mauvaises herbes, écarter les rongeurs et les moineaux, sacrifier la quantité pour obtenir la qualité, tailler les arbres fruitiers sans pitié pour l’exubérance des ‘ gourmands’, des ‘ rejets’, —voilà des tâches purement négatives, mais indispensables.

De même, parmi les idées qui nous viennent, beaucoup doivent être rejetées comme absurdes, ou simplement utopiques ; toutes doivent être rectifiées par la logique, éprouvées au contact de l’expérience.

Certaines d’entre elles sont excellentes — en principe —, mais provisoirement inutilisables ou dangereuses, faute d’applicabilité actuelle. La Leçon prochaine vous apprendra comment il faut discuter le pour et le contre d’une intention ou d’une hypothèse, afin d’en faire, si possible, une pensée réalisable.

Cultivez l’imagination, mais n’en soyez pas la victime. Cette faculté peut vous tirer d’affaire, mais elle trompe autant de gens qu’elle en guide.

De même que le savant véritable exerce son esprit critique sur ses hypothèses, chacun de nous doit contenir son imagination dans de strictes limites, celles de la logique, afin d’éviter l’incohérence et la contradiction ; celles des lois de la nature que fait connaître la science, et qui permettent de distinguer le possible de l’impossible.

Conclusion

22. Le meilleur moyen de s’assurer le bénéfice complet de cette leçon n’est pas simplement de l’apprendre, mais de l’appliquer.

Donc, en l’étudiant d’un bout à l’autre, examinez-vous et questionnez-vous à propos de chaque point.

Rien de plus facile, par exemple, que de découvrir la sorte d’images qui domine chez vous : il vous suffira de quelques expériences. Alors, vous pourrez repenser aux avantages que procure la parfaite compréhension de la leçon ii, spécialement quant à la manière dont l’enthousiasme affecte l’effort imaginatif.

La faculté créatrice se manifestera, sinon par de l’invention proprement dite, du moins par de l’initiative.

En outre, vous prendrez la peine de recueillir et de classer tous les faits relatifs à votre profession, et vous vous en trouverez bien ; peut-être même serez-vous sur les traces de quelque découverte.

Avec l’imagination, cultivez votre faculté de sympathie ; vous accroîtrez ainsi la pénétration de votre esprit, si importante pour arriver à des vues personnelles et originales.

PAS DE DÉFAILLANCES

Faites donc pour cette leçon comme pour les autres : vivez-la. C’est plus que la savoir.