Leçon 12

1 -Les cadres de l'argumentation


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Point de départ
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Commencer par la parade.
entrer en pays de connaissance
les ingrédients
la préparation, la mise en forme, la mise en scène,
Le choix (programme ex 3ème identités remarquables)

Mythmath, les maths comme on se les imagine.

Faire la part du conditionnement.

Le système axiomatique formalisé choisit signes et règles de façon à éviter toute ambiguïté de telle sorte que toute expression puisse être reconnue bien formée (EBF) ou non. (cf GEB). Si pour le mathématicien, seule la déduction des axiomes  à une EBF conduit à la valider, en revanche, pour l’élève, des conditions psychologiques sont nécessaires à cette acceptation.

Pour qu’il y ait argumentation, il faut que, à un moment donné, une communauté des esprits effective se réalise. Il faut que l’on soit d’accord, tout d’abord et en principe, sur la formation de cette communauté intellectuelle et, ensuite, sur le fait de débattre ensemble une question déterminée : or, cela ne va nullement de soi. »

P 18-19 : « Même sur le plan de la délibération intime il existe des conditions préalables à l’argumentation : il faut notamment se concevoir comme divisé en deux interlocuteurs, au moins, qui participent à la délibération. Et, cette division, rien ne nous autorise à la considérer comme nécessaire. Elle paraît constituée sur le modèle de la délibération avec autrui. Dès lors, il est à prévoir que nous retrouverons, transposés à la délibération avec soi-même, la plupart des problèmes relatifs aux conditions préalables à la discussion avec autrui. Bien des expressions en témoignent ; ne mentionnons que des formules telles : « N’écoute point ton mauvais génie », « Ne remets plus cela en discussion », qui sont relatives l’une à des conditions préalables tenant aux personnes, l’autre à des conditions préalables tenant à l’objet de l’argumentation. »

P 22-23 : « Les auteurs de communications ou de mémoires scientifiques pensent souvent qu’il leur suffit de rapporter certaines expériences, de mentionner certains faits d’énoncer un certain nombre de vérités pour susciter immanquablement l’intérêt de leurs auditeurs ou lecteurs éventuels. Cette attitude résulte de l’illusion, fort répandue dans certains milieux rationalistes et scientistes, que les faits parlent par eux-mêmes et impriment une empreinte indélébile sur tout esprit humain, dont ils forcent l’adhésion, quelles que soient ses dispositions. »

P 36-37 : « Nous nous proposons d’appeler persuasive une argumentation qui ne prétend valoir que pour un auditoire particulier et d’appeler convaincante celle qui est censée obtenir l’adhésion de tout être de raison. La nuance est assez délicate et dépend, essentiellement, de l’idée que l’orateur se fait dé l’incarnation de la raison. Chaque homme croit en un ensemble de faits, de vérités, que tout homme « normal » doit, selon lui, admettre, parce qu’ils sont valables pour tout être raisonnable. Mais en est-il vraiment ainsi ? Cette prétention à une validité absolue pour tout auditoire composé d’êtres raisonnables n’est-elle pas exorbitante ? Même l’auteur le plus consciencieux ne peut, sur ce point, que se soumettre à l’épreuve des faits, au jugement de ses lecteurs (Kant). Il aura, en tout cas, fait ce qui dépend de lui pour convaincre, s’il croit s’adresser valablement à pareil auditoire. »

P 39-40 : « C’est donc la nature de l’auditoire auquel des arguments peuvent être soumis avec succès qui détermine dans une large mesure et l’aspect que prendront les argumentations et le caractère, la portée qu’on leur attribuera. Comment se représentera-t-on les auditoires auxquels  est dévolu le rôle normatif permettant de décider du caractère convaincant d’une argumentation ?  Nous trouvons trois espèces d’auditoires, considérés comme privilégiés à cet égard, tant dans la  pratique courante que dans la pensée philosophique. Le premier, constitué par l’humanité tout  entière, ou du moins par tous les hommes adultes et normaux et que nous appellerons l’auditoire  universel -, le second formé, dans le dialogue, par le seul interlocuteur auquel on s’adresse ; le  troisième, enfin, constitué par le sujet lui-même, quand il délibère ou se représente les raison,-,  de  ses actes. »

P 42-43 : « Le rationalisme, avec ses prétentions d’éliminer toute rhétorique de la philosophie,  avait énoncé un programme très ambitieux qui devait amener l’accord des esprits grâce à  l’évidence rationnelle s’imposant à tout le monde. Mais à peine les exigences de la méthode  cartésienne étaient-elles énoncées que déjà Descartes avançait, en leur nom, des assertions fort  contestables. En effet, comment distinguer les vraies des fausses évidences ? Est-ce qu’on  s’imagine que ce qui convainc un auditoire universel, dont on se considère soi-même comme le  représentant idéal, possède vraiment cette validité objective ? Pareto a excellemment remarqué en  des pages pénétrantes (1), que le consentement universel invoqué n’est bien souvent que la  généralisation illégitime d’une intuition particulière. »

P 43-44 : « Si l’argumentation adressée à l’auditoire universel et qui devrait convaincre, ne  convainc pourtant pas tout le monde, il reste toujours la ressource de disqualifier le récalcitrant  en le considérant comme stupide ou anormal. Cette façon de procéder, fréquente chez les penseurs  du moyen âge, se retrouve également chez les modernes (1). Une telle exclusion de la communauté  humaine ne peut obtenir l’adhésion que si le nombre et la valeur intellectuelle des proscrits ne  menacent pas de rendre ridicule pareille procédure. Si ce danger existe, on doit recourir à une  autre argumentation, et opposer à l’auditoire universel un auditoire d’élite, doué de moyens de connaissance exceptionnels et infaillibles.

Devant un seul auditeur



p 46-47 « Il est normal de tenir compte de  ses réactions, de ses dénégations et de ses hésitations et, quand on les constate, il n’est pas  question de s’esquiver : il faut prouver le point contesté, s’informer des raisons de la résistance de  l’interlocuteur, se pénétrer de ses objections : le discours dégénère invariablement en dialogue.  C’est pourquoi, selon Quintilien, la dialectique, comme technique du dialogue, était comparée par  Zénon, à cause du caractère plus serré de l’argumentation, à un poing fermé, alors que la  rhétorique lui paraissait semblable à une main ouverte (1). Il n’y a pas de doute, en effet, que la  possibilité qui lui est offerte de poser des questions, de présenter des objections, donne à l’auditeur  l’impression que les thèses auxquelles il adhère, pour finir, sont plus solidement étayées que les  conclusions de l’orateur qui développe un discours continu. Le dialecticien, qui se préoccupe, à  chaque pas de son raisonnement, de l’accord de son interlocuteur, serait plus sûr, d’après Platon,  de suivre le chemin de la vérité. Cette opinion est clairement exprimée dans ce petit discours que  Socrate adresse à Calliclès :

« Voilà donc une question réglée ; chaque fois que nous serons d’accord sur un point, ce point sera  considéré comme suffisamment éprouvé de part et d’autre, sans qu’il y ait lieu de l’examiner à  nouveau. Tu ne pouvais en effet me l’accorder faute de science ni par excès de timidité, et tu ne  saurais, en le faisant, vouloir nie tromper : car tu es mon ami, dis-tu. Notre accord, par  conséquent, prouvera réellement que nous aurons atteint la vérité (2). »

« En effet, ne peut-on pas distinguer, dans la délibération intime, une réflexion qui  correspondrait à une discussion et une autre qui ne serait qu’une recherche d’arguments en faveur  d’une position adoptée à l’avance ? Peut-on se fier entièrement à la sincérité du sujet qui délibère  pour nous dire s’il est en quête de la meilleure ligne de conduite, ou s’il élabore un plaidoyer  intime ? […] (p55)

P 58 : « Notre thèse est que d’une, part une croyance une fois établie peut toujours être intensifiée  et que, d’autre part, l’argumentation est fonction de l’auditoire auquel on s’adresse. Dès lors, il est  légitime que celui qui a acquis une certaine conviction s’attache à l’affermir vis-à-vis de lui-même,  et surtout vis-à-vis des attaques pouvant venir de l’extérieur ; il est normal qu’il envisage tous les  arguments susceptibles de la renforcer. Ces nouvelles raisons peuvent intensifier la conviction, la  protéger contre certaines attaques auxquelles on n’avait pas pensé dès le début, préciser sa portée. »

P 60-61 : « Et, sans aucun doute, dans le domaine des sciences purement formelles, telles la  logique symbolique on les mathématiques, ainsi que dans le domaine purement expérimental,  cette fiction qui isole du sujet connaissant le fait, la vérité ou la probabilité, présente des avantages  indéniables. Aussi, parce que cette technique « objective » réussit en science, a-t-on la conviction  que dans d’autres domaines, son usage est également légitime. Mais là où un accord n’existe pas,  même chez des personnes compétentes en la matière, qu’est-elle, sinon un procédé à exorciser,  cette affirmation que les thèses préconisées sont la manifestation d’une réalité ou d’une vérité  devant laquelle un esprit non prévenu ne peut que s’incliner ? »

Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Côté enseignant, la définition est prépondérante. Pour l’élève la définition est avant tout une énigme.

L’argumentation suppose que l’on attache de l’importance à l’adhésion de son interlocuteur. Écouter quelqu’un c’est se montrer disposé à admettre éventuellement son point de vue. Le style c’est l’homme… à qui l’on s’adresse. (Lacan)

Distinguer persuader et convaincre (cf Kant Critique de la raison pure pp 634-635) : + contrat de conviction : on imagine que le discours sera accepté ou refusé, comme au théâtre. On est soi-même convaincu, alors qu’on est persuadé par quelqu’un d’autre. (Chaignet , La rhétorique et son histoire, p93)

3 interlocuteurs : l’humanité, interlocuteur lui-même et enfin le sujet lui-même. L’accord avec soi-même n’est qu’un cas particulier de l’accord avec les autres. (p54)

On commence par s’accorder sur les faits, les présomptions et les valeurs,  notamment :
– que tout à un sens,
– que l’action humaine est sensée,
– voir la notion de « normal » pp 97-99 +++ (élève normal …),
d’où la question : quel sont les prémisses, les attendus (double sens), d’un cours de math ?

Nous avons (souvent) une pensée floue.

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